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L’Industrie au Nord (du Cap Breton)

Community Learning Association North of Smokey

Les différentes regions situées au Nord du Smokey Mountain comprennent Ingonish, Green Cove, Neil’s Harbour/New Haven, White Point, Smelt Brook, South Harbour, Cape North, Aspy Bay, Sugar Loaf, Bay Road Valley, Bay St. Lawrence, St. Margaret’s Village, Black Point, Meat Cove et l’île de Saint-Paul. Cette histoire de l’industrie du nord offre un aperçu de la pêche à l’espadon, de la foresterie et de l’exploitation minière, des industries en plein essor dans ces communautés éloignées de nord du Cap Breton.

La flotte de bateaux d'espadon de Dingwall, 1945.La flotte de bateaux d'espadon de Dingwall, 1945.
The North Highlands Community Museum.

La pêche à l’espadon

La pêche à l’espadon a été pratiquée dans les communautés du nord de Smokey à partir des années 1930 jusqu’en 1980. Les espadons étaient si nombreux que les bateaux avaient l’habitude de venir de Yarmouth et d’aussi loin que des États-Unis pour les poissons. La saison commençait à la fin de juillet et se poursuivait jusqu’à la fin de septembre et même jusqu’en octobre.

La pêche à l’espadon a été l’une des plus importantes industries du Nord de Smokey dans les années 1930 et 1940 parce que c’était une façon lucrative de faire de l’argent à cette époque de l’année bien plus qu’ils ne pouvaient en faire avec la pêche au homard. Selon Leonard Jackson, « tous ceux qui avaient un bateau partaient à la pêche à l’espadon. » La famille de Leonard partait à douze milles, pêchait pendant trois jours, elle capturait neuf poissons et elle les vendait 43 cents la livre.

Avec la tête et la queue coupées, un espadon de l’Atlantique nord pouvait mesurer en moyenne six pieds de long. La tête fait environ un pied et demi de long, et l’épée environ quatre pieds, ce qui fait que la plupart des poissons faisait onze pieds et demi de long. Un poisson entier pouvait peser une moyenne de trois cents livres.

Le harpon utilisé pour la pêche à l’espadon se composait d’un long bâton de bois de quinze pieds de long, appelé souvent le pôle, il était relié à une tige de métal appelé le lys de fer. Le lys de fer était inséré dans une petite fléchette de métal à laquelle était attachée une corde. La corde avait un baril ou une bouée qui lui était reliée et qui permettait aux pêcheurs de suivre le poisson. Trois hommes appelés « spotters » étaient placés contre les mâts pour repérer le poisson. La personne dans le stand, une plateforme installée au-delà de la proue, devait avoir une bonne vue pour lancer le harpon ou bien le poisson pouvait s’échapper. Une fois que le poisson était harponné, il devait continuer avec la bouée (le « keg ;» prononcez « cag ») tandis que les hommes préparaient plus de corde pour le prochain poisson. Pour monter le poisson à bord, un doris était descendu du bateau et un pêcheur allait en ramant jusqu’au poisson à l’agonie qui n’était visible que grâce à la bouée. Tandis que le pêcheur était assis en toute sécurité dans le doris, il pouvait hisser l’espadon avec la corde attachée à la bouée qui passait sur un rouleau fixé sur la proue. Le grand navire n’était généralement pas loin du doris.


Le premier espadon pris dans Dingwall, 1914.Le premier espadon pris dans Dingwall, 1914. The North Highlands Community Museum.

Bien que la plupart des ports dans les années 1930 et 1940 connaissaient une activité en plein essor, le port de Dingwall était particulièrement occupé. Ce port était si souvent surchargé par les bateaux de la pêche à l’espadon que l’on pouvait aller d’un coté du port à l’autre rien qu’en marchant sur le pont des navires. Il n’était pas rare de voir des bateaux qui transportaient du plâtre et même L’Aspy attachés à l’un des quais.

George Burton a été l’un des premiers pêcheurs d’espadon de cette région. Les générations d’avant pensaient que l’espadon était une sorte de requin et par conséquent ils n’ont jamais essayé de les attraper. Alors que George pêchait au Massachusetts, il a vu des gens pêcher l’espadon et il a décidé de l’essayer lui-même quand il retournerait à la Baie. Il a pris un harpon à espadon avec lui, il est sorti dans la Baie et il a harponné un espadon. En suite George a expliqué aux personnes âgées ce qu’étaient ces poissons et qu’ils étaient bons à manger. Après cela. Ils ont utilisé des caisses et mis de la glace pour conserver le poisson et ils l’ont expédie d’Aspy aux États-Unis.

Les bateaux d'espadon à Dingwall, 1945.Les bateaux d'espadon à Dingwall, 1945.
The North Highlands Community Museum.

Joe Curtis est né en 1922 et il a commencé à pêcher l’espadon en septembre 1937, à l’âge de 15 ans. Jerry MacDougall et Ed Zwicker ont pêché dans le même bateau avec Joe. Comme Joe n’avait jamais pêché l’espadon avant, il a leur demandé comment il saurait qu’il avait vu un espadon. Ils lui ont dit de chercher deux choses qui sortiraient de l’eau; la nageoire dorsale et la nageoire caudale du poisson. Ed a pris Jerry pour monter dans le stand pour harponner le poisson, mais il a raté le premier qu’il a vu car il était juste en face du soleil qui l’a aveuglé ce qui lui a fait rater le poisson. Normalement, le pêcheur d’espadon portait un chapeau spécial qui avait une longue visière et aussi un filtre vert pour protéger ses yeux des reflets du soleil sur l’eau. Puisque Jerry avait manqué le poisson, Ed a appelé Jo, et c’est ainsi qu’il a capturé son premier espadon, ils en attrapèrent trois dans toute cette journée. L’un des derniers poissons que Joe n’a jamais capturé pesait sept cent sept livres.

Allan et Gussie MacLellan ont aussi été connus pout être de grands pêcheurs d’espadon. Ils ont pêché sur l’Angus L., un bateau de pêche à l’espadon qui mesurait quarante-huit pieds, ils étaient aussi avec Peter Kanary. Ils pêchaient à Dingwall, mais ils pouvaient aussi aller à Scaterie pour trouver des espadons.

La peur du mercure dans les années 1970 a fait beaucoup de mal à l’industrie de la pêche à l’espadon, mais ce sont les longues lignes qui l’ont achevée. Les longues lignes fonctionnent sur le même principe que les chaluts à la traîne: il s’agit d’une longue ligne avec des hameçons appâtés qui peuvent tout attirer même de petits poissons. La pêche au harpon ne nuit pas aux poissons comme le font les longues lignes. Certaines personnes pensent que la pêche à l’espadon a fermé en raison des longues lignes des pêcheurs étrangers, et que les Canadiens ont été traités injustement pendant l’enquête sur les risques du mercure. Alors que l’espadon ne pouvait pas être vendu au Canada, il le pouvait encore aux États-Unis. Aujourd’hui, la pêche à l’espadon est interdite dans le golfe du Saint-Laurent mais elle est autorisée au-delà de Money Point.

Forestrie

La roue de moulin de Murdock et Archie MacDonald à Grand Intervale.La roue de moulin de Murdock et Archie MacDonald à Grand Intervale. The North Highlands Community Museum.

Beaucoup d’hommes de la région nord de Smokey ont fait de l’exploitation forestière en automne dès que la pêche ou les travaux agricoles étaient terminés. Selon Jim Stockley, « C’est ce que presque tout le monde a fait. » Étant donné que le bois était nécessaire pour le chauffage et la construction de maisons et de bateaux, la sylviculture était une partie importante de la vie de la communauté. Même si l’exploitation forestière a diminué au fils des ans, certaines personnes pratiquent encore ce mode de vie traditionnel.

Jim Stockley a décrit les débuts de l’exploitation forestière à Ingonish lorsque les hommes se rendaient au Cap Breton en quête de travail dans les bois. Jim se souvient que lui, Henry Stockley, Charlie Stockley et Angus Link ont tous coupé du bois à Juniper Mountain, près de Marion Bridge. On disait que personne ne pouvait couper du bois aussi vite et aussi bien qu’Angus Link. C’est lui qui détenait le record.

Le moulin de Roddie MacLeod à Dingwall.Le moulin de Roddie MacLeod à Dingwall.
The North Highlands Community Museum.

Il y avait quelques hommes du nord de Smokey qui avaient des bancs et des moteurs pour le coupe du bois. Ils se rendaient d’un endroit à l’autre. Pour scier le bois de chauffage des gens pour l’hiver à la dimension de leur poêle. Le dîner et le souper étaient bien souvent le seul paiement que ces hommes recevaient mais ils avaient un fort sentiment de communauté et les gens se souciaient les uns des autres. Ils préféraient se rendre service plutôt que de demander de l’argent. Quand ce service n’était plus disponible, les hommes devaient couper du bois avec une scie et le fendre avec une hache.

Le moulin de John MacLeod à Cape North en hiver. Le moulin de John MacLeod à Cape North en hiver.
The North Highlands Community Museum.

Faire du bois prêt pour l’hiver représentait beaucoup de travail. En plus de couper le bois, il fallait aussi l’empiler dans la grange une fois qu’il était sec. Selon Betty Stockley, la première scierie  « a dû être un chose merveilleuse pour ces hommes qui avaient débité ces planches avec une longue scie, pour tous ces efforts qu’ils avaient déployés. Premièrement, les grumes étaient abattus avec une hache; elles étaient ensuite dégrossies avec la hache a fin de les rendre relativement plates sur les côtés. Ensuite, les billes étaient transportées à la fosse où elles étaient sciées en planches, et ensuite transportées aux chantiers du bateau ou de construction des maisons. » Lorsque les scieries ont commencé à apparaître, elles se sont répandues dans presque chaque collectivité du nord de Smokey, même là où il y avait peu d’habitants – comme sur la côte nord de Black Brook, à la fin des années 1800.


L’industrie minière

L'entrée de mine de gypse dans Dingwall.L'entrée de mine de gypse dans Dingwall.
The North Highlands Community Museum.

Il n’y a pas d’activité minière au nord de Smokey aujourd’hui, mais à des moments différents des mines très variées étaient en activité dans la région. L’extraction du gypse était la forme la plus courante de l’industrie minière. Le gypse est une pierre tendre de couleur blanche ou d’un gris lumineux formée de l’eau de mer. Certains locaux disent que c’est parce qu’il y a des millions d’années alors que Dingwall était une baie que le dépôt de gypse a été si riche.

La mine d’Ingonish était la carrière de gypse de Whitty Shore, autrement connue sous le nom de Beach Road Crossing. La construction de la mine d’Ingonish Beach a commencé en Mai 1924. L’Aspy devait traverser plus d’un pied de glace pour déposer à terre le ciment nécessaire à la construction. Plus tard dans cette même année, Vincent Donovan a commencé à mettre en place des opérations de forage et de nombreux bâtiments ont été érigés : une centrale électrique, des bâtiments de concassage, une remise à outils et un bureau. Des voies de chemin de fer ont également été prévues pour les wagons de chemin de fer qui transporteront le gypse. 

La société minière qui a commencé à Ingonish Beach, s’appelait la Canada Cement Company of Montréal. La société a employé une centaine d’hommes à différents niveau de salaires : les manœuvres recevaient 27 cents de l’heure, les ouvriers du forage touchaient 33 cents de l’heure et ceux du concassage 54 cents de l’heure.

Des trous de forage étaient faits dans la roche et ensuite on insérait de la dynamite pour libérer le gypse de la colline. Une fois que le gypse était libéré, des pelleteuses électriques étaient utilisées pour changer les wagons de chemin de fer qui transportaient la roche jusqu’au broyeur. Le gypse était envoyé du broyeur vers des piles ou des poches. Sous les poches, il y avait cinq portes dans un tunnel de ciment avec un convoyeur à courroie qui circulait au travers. Une trémie était ouverte dès que l’on chargeait un bateau avec du gypse, ce qui ne laissait pas trop de roche sur le convoyeur. Quand une trémie était ouverte, le gypse pouvait tomber de la poche et il était emporté par la courroie du convoyeur jusqu’à un chevalet, qui était comme une sorte de grand quai à l’endroit où les bateaux étaient chargés. Le chevalet avait une chute lorsqu’il se terminait, ce qui permettait de faire tomber le gypse dans les cales du bateau.


En 1925, la tragédie a frappé quand la mauvaise trémie a été ouverte. Walter Whitty et Maurice Williams ont été entrainés dans la mort quand la trémie No 5, sur laquelle ils se tenaient debout, a été ouverte par accident. Le travail a été mis en œuvre pour récupérer les corps des hommes et après environ trois heures, les corps des hommes furent retrouvés et leurs exemples ont servi à rappeler la façon dont les mines peuvent être dangereuses.

Les seuls vestiges de la mine de gypse à Ingonish Beach sont les anciennes fondations qui sortent de terre, les tas de gypse et les piles des ballasts qui restent sur l’eau là où les bateaux de gypse étaient chargés. L’autre grande activité minière de la région a été celle de Dingwall, où une carrière de gypse a été exploitée de 1933 à 1954. La carrière a été fermée de 1940 à 1945 en raison de la Seconde Guerre Mondiale; à cette époque, le gypse était de plus en plus difficile à extraire. Lillian Mackinnon se rappelle des jours de la mine de gypse à Dingwall : « C’était alors comme une ville; c’était très animé. Puis ils sont partis et il n’y avait plus rien. »

Jack Fitzgerald a fait toutes sortes de travaux à la carrière à des moments différents. Il a travaillé au marteau-piqueur, au compresseur, et à la pelleteuse diesel; il a également été contremaître à la carrière. Il a dit qu’il y avait deux équipes qui travaillaient jour et nuit à la carrière du printemps à l’automne. Il se souvient que l’on appelait les trous de dynamitage des « quarante-cinq » car, « c’était l’angle selon lequel nous creusions la roche. » Il se rappelle également que des chariots, et des chevaux ont d’abord été utilisés pour transporter le gypse jusqu’au broyeur dans les toutes premières années. Plus tard, des camions Euclid ont été utilisés. Jack a dit que les gens ont commencé à la carrière car « c’était l’occasion de faire un revenu régulier », et aussi parce que les salaires étaient meilleurs que dans les fermes. Il a dit que même des gens d’aussi loin que Chéticamp sont venus travailler à la carrière.


Les divers degrés de gypse ont trouvé dans Mabou.Les divers degrés de gypse ont trouvé dans Mabou.
The C@P Society of Cape Breton.

En 1954, le gypse est devenu de plus en plus difficile à extraire et à transporter. En raison de la vase dans le port, les bateaux ne pouvaient plus prendre la pleine charge de gypse et le fonctionnement est devenu très coûteux. Le gypse commençait à devenir rare et difficile à obtenir : « il était sous le niveau de la mer et de plus en plus difficile à extraire. » Wendell s’est ainsi exprimé : « Quelques hommes sont retournés à l’agriculture, mais la plupart sont retournés à la pêche ou ont déménagé avec la carrière. » Lorsque la société du gypse a déménagé, les hommes de Dingwall et des régions environnantes ont suivi.

Lillian Mackinnon se souvient : «  Cela a été terrible lorsque la société du gypse a quitté et est allée à Shubenacadie. Beaucoup de personnes ont suivi la société quand elle a quitté; les autres qui n’avaient plus rien d’autre à faire ont commencé à pêcher. Beaucoup des gens avaient quitté leurs fermes pour travailler à la carrière; les fermes étaient mortes du gypse et les gens ont commencé à acheter leurs légumes dans les magasins. » 

A Dingwall, et dans les régions avoisinantes, l’extraction minière du gypse a eu un profond effet sur la culture des gens et leur mode de vie. Elle a entraîné la mutation des points de vue des communautés et leurs changements. Bien que la plupart des personnes ait toujours gardé de petits jardins et peut-être quelques animaux, le mode de vie agricole s’est pratiquement achevé avec l’arrivée de la société du gypse à Dingwall. La ferme de McEvoy a été la seule grande ferme qui est restée dans la région du Cap Nord après que la société de gypse ait quitté la ville.

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