L’Acier De Sydney
Elizabeth Beaton
L’histoire de l’aciérie de Sydney
reflète les modes de vie
gens de Whitney Pier
C’est l’histoire d’un travail de fierté,
d’une camaraderie sans pareille
et celle de la lutte des classes,
encore des machines, des talents, des accidents
et des problèmes environnementaux,
d’une communauté industrielle.
La construction de la plante.
The Whitney Pier Historical Society.
Dès 1900, l’industrie de l’acier a eu une influence sur l’économie et la vie sociale de tout le Cap Breton, et en particulier à Sydney. Mais c’est le quartier de Whitney Pier qui fut le plus concerné par l’industrie de l’acier. En fait, sa croissance en tant que communauté, urbaine et industrielle, a été inextricablement liée à la fabrication de l’acier, et les hauts et les bas de l’industrie ont directement affecté son développement tout au long du siècle.
La production de l’acier à Sydney a été le fruit d’un industriel de Boston, H.M. Whitney, président de la Dominion Coal Company, qui faisait l’extraction de charbon au Cap Breton depuis 1893. Il était logique de penser que le Cap Breton pouvait être un endroit idéal pour la production de l’acier. Il y avait des veines de charbons et des dépôts de calcaire, le minerai de fer venait de Wabana à Terre-Neuve par le détroit de Cabot et l’on disposait d’un port accessible à partir duquel on pouvait exporter le produit fini. Sous la direction de H.M. Whitney, La Dominion Iron and Steel Company (DISCO) a commencé la construction de l’aciérie de Sydney en 1899. La première coulée a été faite le 31 décembre 1901.
L’aciérie de Sydney est devenue immédiatement célèbre pour sa «moderne» technologie américaine et le sujet de l’enthousiasme de toute l’Amérique du Nord. Dans le Halifax Herald de 1901, le directeur général A.J. Moxham proclama que grâce à cette fabrication de l’acier: «La position du Canada comme producteur d’acier est maintenant plus forte que jamais. Il est devenu invulnérable».
Le plante de Lavage de Charbon, 1910.
Unknown. 77-69-203. Beaton Institute, Cape Breton University.
Dans les décennies qui ont suivi, Sydney a eu la plus grosse industrie lourde des Provinces Maritimes et l’une des trois aciéries intégrées du Canada.
Tout au long de XXème siècle, les fabricants d’acier de Sydney ont fait l’histoire de l’innovation technique. «Le processus de refroidissement retardé de Mackie» du début des années 30 a été le plus connu, mais il y en a eu beaucoup d’autres, y compris la «tuyère» d’un haut-fourneau pouvant couler 49,000 tonnes d’acier sans aucun «hors de feu», un record qui n’a jamais été égalé ailleurs.
L’aciérie était située immédiatement à côté de Whitney Pier, du côté sud de la baie de Sydney. À son apogée, elle possédait plus de 100 bâtiments sur 500 hectares de terrains. Depuis 1901, les principaux produits de l’aciérie ont été le fer, semi-transformé en lingots et en billettes, des rails (début 1905), du fil de fer et des clous (début 1901) et des plaques métalliques (début 1918).
En 1905, l’aciérie s’enorgueillissait d’une batterie de 400 fours Otto-Hoffman, dérivés des fours à coke, quatre haut-fourneaux d’une capacité combinée de 1200 tonnes, 10 fours de cinquante tonnes à foyers d’inclinaison ouverte, un laminoir de 35 pouces, un laminoir à barres, un laminoir à rails, un atelier d’usinage, une fonderie et une centrale électrique. Une grande partie du travail de pelletage, de brouettage, et tous les travaux éreintants liés à l’ancienne technologie du fer et de l’acier ont été éliminés dans «la maîtrise de l’art» sur le plan de travail. Les nouveaux mécanismes internes de l’aciérie de Sydney comprenaient des grues à vapeur ou à électricité, des portes automatiques, des convoyeurs et des chariots de toutes sortes sur un énorme complexe de transport ferroviaire. Pourtant la coexistence du travail manuel et du travail des machines s’est maintenue à l’aciérie tout au long de son histoire. «Le travail de force» tels que le nettoyage des fours ou le levage de rouleaux de fil de fer ont continué d’être faits à la main et dépendaient de la force et de l’endurance des travailleurs.
Le Pompiers de fours de coke.
The Whitney Pier Historical Society.
En 1901, DISCO a fusionné avec la Dominion Coal pour devenir la Dominion Steel Company (DOSCO). En 1920, l’aciérie de Sydney, alors la British Empire Steel Corporation (BESCO) a augmenté de manière significative. On y a ajouté un laminoir en 1903, un laminoir à rails en 1904, un laminoir à billes et barres en 1910, et un laminoir à plaques en 1918. Des ateliers auxiliaires comprenaient une fonderie, une forge et un atelier d’usinage. Un nouveau haut-fourneau a été ajouté ainsi que deux remplaçants des fours à coke. Tout au long de cette période, les fabricants d’acier de Sydney ont expérimenté diverses technologies avec les types de minerais de fer et de charbon de la région. Ils en ont conclu que le processus à foyer ouvert était le meilleur bien que les variations des convertisseurs Bessemer étaient fatiguées. En 1929, la compagnie est redevenue la DOSCO.
L’aciérie a prospéré au cours des deux guerres mondiales. Sydney a été un important producteur de coques d’acier et de dérivés des fours à coke au cours de la première guerre mondiale. Un laminoir à plaque d’acier a été mis en production en 1918, mais il est tombé en désuétude après la guerre. Finalement il a été relancé avec la seconde guerre mondiale, qui a également vu l’expansion des foyers à inclinaison ouverte. Mais après la seconde guerre mondiale, les ravages de la Dépression ont révélé que le «boom» des années de guerre était devenu un échec, et il est devenu évident que le matériel démodé de la DOSCO ne pouvait rivaliser avec ses concurrents des aciéries modernes de l’Ontario.
À la baisse des marchés des sous-produits de la cokéfaction, est venu s’ajouter l’incendie des années 1940 qui à détruit la Dominion Tar Company, voisine de la mine.
Dans le milieu des années 1950, alors que s’élevait le bruit des nouveaux fours à coke Kopper-Becker, que les foyers à inclinaison ouverte étaient reconstruits ainsi que les hauts-fourneaux, l’aciérie a encore changé de mains, cette fois elle est passée à celles d’une compagnie basée en Grande-Bretagne, la Hawker-Siddeley. Mais la nouvelle direction n’était pas disposée à relancer l’aciérie à cause du vieillissement de la technologie confrontée à la baisse des marchés de l’acier dans le monde, et surtout à cause d’un rapport du gouvernement de la Nouvelle-Écosse qui déclarait «que Sydney ne possède pas d’avantages économiques ni réels ni potentiels pour la production de l’acier et a été défavorisée en raison de son éloignement des marchés».
Le jour du «Black Friday» (le vendredi noir) du 13 octobre 1967, la compagnie Hawker-Siddeley a annoncé qu’elle allait fermer l’aciérie. Les protestations qui ont suivi font partie du folklore de l’industrie du Cap Breton. Hommes, femmes et enfants, des étudiants, des chanteurs, des membres du clergé et même des hommes politiques se sont ralliés au «Save our Steel» («Sauvons notre acier»).
Résultat: c’est la SYSCO qui a vu le jour, une société du gouvernement de la Nouvelle Écosse. L’échec des technologies, les fermetures et les licenciements, et les promesses de modernisation ont suivi. Enfin, en 1987, la modernisation et la réduction des effectifs de la SYSCO ont commencé, suivies par la fermeture complète des fours à coke, la dernière coulée de fonte du haut-fourneau et la dernière manche des foyers ouverts. C’était la fin de la production intégrée d’acier à Sydney.
La SYSCO est devenue une micro-aciérie depuis 1990, elle employait environ 900 personnes. Son avenir reposait sur les marchés étrangers pour les rails et pour la combinaison réussie de l’arc électrique, de la métallurgie légère et de la production informatique d’acier conçus par l’expérience de travail d’experts en fabrication d’acier.
Le gouvernement de la Nouvelle Écosse a annoncé son intention de privatiser la SYSCO au début de 1992.
The Steelworkers
La plus grande richesse de l’aciérie de Sydney a toujours été sa main d’œuvre. Le plus grand nombre de personnes employées au cours de la période des deux guerres mondiales a été atteint par un pic de main d’œuvre de 6000 personnes. Les femmes ont toujours travaillé à l’aciérie tout au long de son histoire, principalement dans des emplois de bureau. Toutefois, au cours de la seconde guerre mondiale, 700 femmes exerçaient des emplois à tous les postes de l’aciérie. Les métallurgistes de Sydney sont remarquables pour leur solidarité et la fierté de la main d’œuvre, dans un domaine de l’industrie intrinsèquement dangereux qui a affecté la santé de tous ceux qui y ont travaillé.
L’histoire de la solidarité des travailleurs de la sidérurgie a commencé au début du siècle avec la venue des difficultés financières de la DISCO, quand en 1903, la compagnie a décidé de réduire les salaires. Le changement fut accueilli avec beaucoup de résistance et l’année suivante, l’Association Provinciale des Travailleurs organisa une grève qui fut un échec. L’armée fut envoyée et ce ne furent pas que les salaires qui furent diminués mais le syndicat fut aussi interdit.
Unknown. 83-6299-13599. Beaton Institute, Cape Breton University.
Bien qu’il exista plusieurs syndicats (comme celui des charpentiers ou celui des maçons), aucune tentative véritable n’avait été faite pour former un syndicat général avant les années 1920, quand une fois de plus, les métallurgistes furent menacés par une réduction de salaire. Les souvenirs de la grève de 1923 rappelaient la police et les fils barbelés et les tentes militaires à l’aciérie. Il y avait eu des batailles rangées et une mitrailleuse avait été mise en batterie sur un toit pour protéger les locaux de l’aciérie.
Pendant les 30 premières années de l’histoire de l’aciérie, un moins la moitié des travailleurs étaient nés à l’extérieur du Canada, et les travaux ont été répartis selon les groupes ethniques tout au long du 20ème siècle. La Commission d’Études sur les heures de travail établie en 1910 arriva à la conclusion que les travailleurs étrangers et ceux de Terre-Neuve étaient exploités à un degré bien plus élevé que les natifs du pays. Les «étrangers» étaient souvent mis aux postes les plus indésirables – les fours à coke ou les haut-fourneaux, ou pour le travail de force comme le nettoyage des fours ou le levage des rouleaux de fil.
Comme les emplois qualifiés n’étaient pas ouverts aux travailleurs immigrés, ils ont également été exclus de l’ordre établi des syndicats de l’aciérie. En conséquence, le rôle des travailleurs immigrants dans le mouvement ouvrier a été très mal compris et négligé. Comme travailleurs, ils ont été reconnus pour avoir peu de chances de s’organiser et de protester contre leurs conditions de travail. Comme dirigeants, ils étaient considérés comme de «dangereux étrangers» ayant des liens avec le Bolchevisme.
«Venez et emballez vos misères et partez, on ne veut pas de nous ici, nous allons aller où chaque jour des centaines vont poussées par la faim et le désespoir. Nous allons chercher un pays où coulent le lait et le miel, allez emballer vos misères et partez pour Sydney pour ce nouveau pays, on me l’a dit».
St. John’s Daily News, 1903, écrit par un Terre-Neuvien, qui a quitté The Kyle pour aller à Sydney
Le fait est que les immigrants ont joué un rôle actif et important dans le mouvement syndical dès les tous débuts de l’histoire de l’aciérie.
Dominion Iron and Steel, le cheque de 1957.
The Whitney Pier Historical Society.
En effet, l’un des premiers exemples de la gestion des tensions entre travailleurs a été celui de 1900 quand la police de la DISCO a essayé d’arrêter deux italiens impliqués dans une altercation avec un contremaître. En 1903, les travailleurs italiens ont fait la grève pour une meilleure rémunération et de meilleures conditions de travail. Lorsque la compagnie a essayé de faire venir de nouveaux travailleurs, les Italiens «ont formé deux piquets des grève de cinquante hommes chacun, armés de «gros club de golf, de pioches, de pelles, et de barres de fer» tandis qu’un gréviste brandissait un drapeau rouge». La police a dispersé les piquets de grève, en menant une charge considérable et arrêtant un ou deux grévistes. Certains italiens ont été mis sur la liste noire et ils ont quitté Sydney pour d’autres aciéries situées dans le centre du Canada.
Une première photo d'hommes à la Plante en acier.
The Whitney Pier Historical Society.
Les travailleurs slaves avaient également apporté avec eux leurs normes collectives de justice et de démocratie de leur ancien pays. En raison de la stigmatisation de la «Red Scare», certains de ces travailleurs ont été mis au ban de l’Église catholique ukrainienne dans les années 1920. Toutefois, ces mêmes personnes ont pris une part active à l’Église Orthodoxe ukrainienne et beaucoup appartenaient à l’ordre du Temple du Travail Ukrainien. Plusieurs dirigeants syndicaux de Mouvement Ouvrier Slave ont été mis sur la liste noire après la grève de 1923 et même quelque uns ont été déportés pendant la Dépression.
Quant aux juifs, même s’ils n’ont pas travaillé en grand nombre à l’aciérie, ils ont été connus pour leur soutien intellectuel au mouvement ouvrier par le biais de groupes d’études menés par des dirigeants syndicaux. Certains de ces juifs étaient des 1905ème c’est-a-dire qu’ils avaient pris part à la Révolution Russe de 1905. Au cours de la Dépression, les marchands juifs ont beaucoup fait pour assurer la dignité des travailleurs sans emploi.
Si on compare les métallurgistes de Sydney à ceux d’autres régions, leurs participations à des grèves sont proches de la moyenne, même si les travailleurs de Sydney étaient connus pour leur militantisme syndical.
Cette article est paru dans : Du Pier, mes amis! Quelques images d’une société multiculturelle, publié en 1993 par la Whitney Pier Historical Society.
© 1993, Whitney Pier Historical Society
Postface de l’équipe de recherche sur le temps passé
Avec l’aimable autorisation de l’équipe de recherches sur le temps passé
Depuis que ces articles sont parus dans «Du Pier, mes amis!» en 1993, bien des choses ont changé pour la SYSCO, l’aciérie de Sydney. Et les communautés environnantes de Sydney et de Whitney Pier. Plusieurs facteurs, tels que l’évolution de la technologie et les marchés mondiaux, ont conduit à la fin de l’industrie de l’acier au Cap Breton. Tout au long des années 1990, le gouvernement de la Nouvelle-Écosse a tenté de vendre l’aciérie à des propriétaires privés, y compris la Minmetals de Chine, toutes ces tentatives ont finalement échoué. De 2001 à 2004, le site a été démantelé et de nombreuses parties de l’aciérie ont été démolies, y compris les laminoirs d’origine, les haut-fourneaux no. 3 et no. 7, et la tour de refroidissement à air liquide. La nouvelle route ouverte appelle à la réhabilitation de l’environnement des étangs bitumineux de Sydney et à des discussions sur des plans d’utilisation future de l’ancienne aciérie. Pour plus de lectures et de liens vers d’autres ressources sur l’histoire de l’industrie sidérurgique à Whitney Pier, vous pouvez visiter, s’il vous plaît, la section des documents connexes.
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© C@P Society of Cape Breton County, 2009

