Les usines à carder de la famille Cash – La production textile dans les régions rurales du Cap Breton
Vicki Quimby
« Les gens apportaient leur laine car ils avaient une machine qui permettait de la carder. Ainsi la laine sortait en rouleaux. Ce qui rendait le travail facile pour les femmes qui faisaient la filature »
(Hilda MacDonald, Cape Breton’s Magazine, no 12, p. 15)
Tout au long du 19ème siècle, la fabrication de tissus et de vêtements fut une tâche très absorbante mais nécessaire pour les femmes des familles rurales du Cap Breton. La plus grande partie du travail étaient effectuée à la maison avec des outils à main comme des cardeurs, des rouets, des broches et des métiers à tisser.
Le processus du cardage était indispensable. Avant que la laine puisse être filée en fil de tissage ou de tricotage, elle doit être cardée et mise en rouleaux (rolagan) en préparation pour la filature. Les cardeurs à main étaient constitués de pelles en bois avec des dents en métal fixées sur du cuir. La laine était brossée entre les dents en métal, un petit peu à la fois. Au fur et à mesure que le peignage avançait, la laine était transférée d’un cardeur à l’autre jusqu’à ce que les fibres soient soigneusement alignées. La direction du cardeur était ensuite inversée, et un rouleau était enlevé, c’est-à-dire qu’il était glissé hors du cardeur. Ces mouvements étaient répétés et répétés plusieurs fois jusqu’à ce que finalement, il y ait assez de rouleaux pour la filature.
Comme le siècle avançait, ce fut aussi le début des machines dans l’industrie rurale. Les moulins à grains, les scieries et les machines tirées par les chevaux ont évité des heures de travail harassant comme le meulage, le sciage ou le fauchage du foin. Les machines à carder pouvaient aussi épargner beaucoup d’efforts à une famille. Ces machines pouvaient produire en une heure ce qu’une femme pouvait faire avec un cardeur à main en une journée. De plus, ces rouleaux produits par la machine étaient bien plus épais que ceux faits à la main. Cela leur permettait encore d’être tournés sur place beaucoup plus rapidement.
Le recensement de 1851 montre que six usines à carder et à tisser étaient en service dans diverses parties de l’île. L’une de ces usines les plus connues de cette période était située à Glendyer Mills, près de Mabou, où des services de teinture et de foulonnage étaient également offerts comme le cardage. En 1891, il y avait vingt et une usines de cardage et de foulage en exploitation au Cap Breton. Une de ces usines de cardage était celle des Cash située à Irish Cove. Ces usines étaient en grande partie entrainées par l’eau et combinées avec d’autres types d’usines telles que des scieries, des moulins à grain ou des fabriques de bardeaux.
Une machine à carder, construite à partir d’un brevet de 1748, connut une petite amélioration en 1773, se composait de plusieurs tambours rotatifs de différentes tailles. Ils étaient couverts d’un revêtement de cuir muni de dents fixées avec du fil de fer.
Cet équipement rappelait le matériel utilisé dans le cardeur à main. Comme la laine passait à travers la machine, les cylindres la récupérait dans un sens et la libérait dans l’autre, permettant ainsi aux fibres enchevêtrées d’être brossées et alignées.Cette machine est composée de trois parties distinctes. En avant on trouve la récolteuse. Son cylindre cache un tambour de pointes dentées qui fait bouffer et desserre la laine propre. Le disjoncteur de cardes forme la section centrale de la machine. Dans cette partie, la laine est transférée aux rouleaux d’alimentation qui fournissent les cylindres appelés travailleurs et nettoyeurs. La laine est enlevée par le premier travailleur et elle est déposée à nouveau sur le cylindre principal par le premier nettoyeur. Ensuite, le cylindre principal la passe aux cylindres travailleurs et nettoyeurs suivants, etc. Cette série de rouleaux fonctionne dans la même direction, mais à des vitesses différentes à cause de leurs diamètres plus ou moins grand. Ensuite une nouvelle étape, un peigne de fantaisie utilise les crins pour gonfler la laine sur le cylindre principal de sorte qu’un trieur puisse l’enlever. Enfin, le peigne retire la laine du trieur.
La dernière opération de la machine, les cardeurs de finition, est accomplie essentiellement par la même machinerie, mais par des dents bien plus fines. Si bien que des balles de rembourrage pour des couettes pourraient être produites à la place des rouleaux.L’usine à carder Cash a été achetée d’occasion en 1883 par Frank Cash, un immigrant irlandais qui s’est installé dans la communauté d’Irish Cove au Cap Breton, au début des années 1800. Il a acquis l’équipement, fabriqué par la C.E. Cleveland à Worcester, au Massachusetts, d’un M. Chisholm de Loch Lomond, au Cap Breton. L’usine a d’abord été alimentée par l’eau d’un barrage de 21 pieds de haut construit artificiellement par l’homme. Plus tard, un moteur fonctionnant au gaz, appelé un «lunger», a été ajouté quand l’alimentation en eau se révélait insuffisante. Avec le temps, les opérations se sont développées pour y inclure une usine à bardeaux, une scierie et un moulin à grain.
Les habitants des environs envoyaient leur laine à l’usine par route ou par bateau. Elle devait arriver à l’usine propre et bien nettoyée, et même certaines personnes faisaient teindre leur laine avant de l’envoyer. C’était à la fin de l’été et à l’automne que l’usine était la plus active lorsque plus d’un millier de livres de laine était cardé chaque mois. Chaque client faisait carder sa laine séparément et il la faisait peser pour l’estimation du prix. En 1880, le prix était de 3 cents la livre; en 1900, il était de 5 cents; et en 1933, de 8 cents la livre.
Tom, le fils de Frank, a repris l’usine à carder en 1921 et il l’a dirigée jusqu’en 1946. A ce moment, moins de familles filaient de la laine et il y avait moins de demande pour les rouleaux. Par la suite, elle n’a plus été utilisée que pour des travaux occasionnels.
Charlie Cash, le fils de Tom, qui avait travaillé à l’usine avec son père, voulait que l’usine à carder soit préservée et gardée pour les générations futures. Il en fait gracieusement don au Highland Village.Cet article a paru dans An Rubha (Le Point) Vol. 9, No. 1, p.9, An Geamhradh/Hiver 2005/06.
© 2005 Nova Scotia Highland Village Society
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© C@P Society of Cape Breton County, 2009

