David Jones, l’imprimerie à Port Hood
Le dernier rédacteur en chef des journaux, Le Port Hood Greetings et Le Inverness County Guardian a été M. D. W. Jones. L’été dernier, son fils David et sa fille Violette ont visité le musée et la région de Chestico. Ce fut un plaisir de les accueillir. M. David Jones a fait don au Musée de Chestico d’une presse d’imprimerie portable utilisée par son père dans son atelier d’imprimerie. Ce qui suit est une histoire de cette presse telle que fournie par David Jones. Le siège du journal était situé sur Fraser’s Hill, à l’arrière du magasin de D. F. MacLean et entre ce magasin et une maison occupée par Sidney MacLean et sa famille.
Juin 1990
Ceci est une petite histoire de l’imprimerie à Port Hood.
L’une des premières choses dont je me souviens, c’est de voir une grosse (pour moi) machine être manœuvrée par un homme très grand que je connus plus tard sous le nom d’Angus MacMaster, il était cordonnier et concierge de l’école. J’ai remarqué que M. MacMaster avait fait un trou dans le sol où il mettait ses pieds tandis qu’il manœuvrait la machine. Plus tard, bien sûr, j’ai observé les autres opérations telles que la composition que j’ai appris à faire en regardant et en recevant quelques instructions de la part du typographe, toute la composition était faite par les filles au deuxième étage (dans la partie sud du bâtiment). La mise en page était faite par George Totten et par mon père, David W. Jones, qui tous les deux contrôlaient la composition si nécessaire, mon père était le rédacteur en chef et il relisait tous les articles et revoyait la présentation des pages.
La salle du nord située à l’étage était occupée avant tout par le stockage de modèles (ces formulaires modèles étaient gardés en prévision de contenus devant se répéter plus tard) et aussi de modèles servant pour la liste postale des abonnés, cette liste fut l’une de mes premières responsabilités. J’étais chargé d’y ajouter les nouveaux abonnés, les changements d’adresse, les annulations, etc. Ce modèle de liste était conservé sur des tableaux (un tableau est une sorte de plateau de métal), dès que la liste était à jour, je pouvais tirer un modèle de cette liste en l’enduisant d’encre avec un petit rouleau et en y collant une feuille de papier puis en appuyant sur le papier un bloc de bois avec un maillet (un maillet et un rabot) jusqu’à ce que la liste soit reproduite, sous la forme d’une bande d’étiquettes prête à être séparées les unes des autres, et apposées sur l’emballage du journal et que, mais ceci est une autre histoire.
Le «Greetings» était imprimé le mercredi de chaque semaine. Une partie (un seul côté de la feuille) était faite le mardi, mais le mercredi était le grand jour, comme l’encre était suffisamment sèche pour traiter le journal, toutes les mains étaient appelées pour faire le pliage, l’emballage et l’étiquetage, les filles de la composition, ma sœur, moi et toute autre personne capable de plier et de manipuler du papier. Après cela, tous ces journaux étaient mis dans des sacs de courrier en fonction de leurs destinations et apportés au bureau de poste de Odd Fellows Hall situé au coin de la rue. Dan Lewis MacLellan était le maître de poste et l’heure limite pour la poste était cinq heures. À cette heure, le conducteur de la poste John A. MacDonald quittait le bureau de poste pour se rendre à la gare.
En plus du journal, l’imprimerie commerciale se chargeait des entêtes de lettre, des affiches, des rapports, des invitations, des enveloppes, des formulaires, etc. Et toute cette activité était réalisée sans l’aide de l’électricité et même pas le téléphone; un véritable exploit en comparaison des normes d’aujourd’hui quand tout s’arrête lorsqu’il n y a plus d’électricité.
Le «Greetings» a été vendu à la News Publishing Co. de Truro et à l’exception d’une presse à papier par pied et d’un massicot à papier manuel, toutes les machines ont été déménagées, la plupart des modèles et quelques casiers ont été laissés. Mon père avait accepté un poste à la rubrique «Actualités» à Truro et il y est allé avec George Totten et ma sœur Myfanwy (engagée comme typographe). Je suis resté à Port Hood et pendant que mon père était absent, je faisais le travail pour les clients locaux mais tout ce que je ne pouvais pas faire, je l’envoyais à Truro où cela était fait, cela se passait en 1930. Le travail à Truro n’a pas bien marché pour mon père si bien qu’il est revenu à Port Hood et il a créé une entreprise dans une petite boutique en face de la banque. Elle avait déjà été occupée pas un ferblantier du nom de John Mackenzie (le grand-père de Kenny Murphy), Les machines y ont été installées et les affaires se maintinrent là pendant plusieurs années, ensuite un groupe d’hommes d’affaires de Port Hood décida de lancer un autre journal, et c’est là que la petite presse finit par arriver.
Nous avions une rotative vraiment très moderne pour les normes du «Greetings»; elle était entrainée par un moteur à essence. Fred Reynolds se souviendra longtemps que le moteur tombait en panne assez souvent et Fred était appelé à la rescousse pour lui administrer les premiers soins; j’étais l’ingénieur, mais je ne savais que le faire partir et l’arrêter. Cette presse et une petite presse manuelle étaient venues à Port Hood en provenance du défunt journal le «Victoria News» de Baddeck, le massicot et la presse à pied furent déménagés dans les bureaux du Greetings et «l’Inverness County Guardian» était né. Alors que le premier numéro était sous presse, Angus MacIntosh (le grand-père de Ralph Watts) est arrivé et quand il a vu une copie du journal, il a plongé sa main dans sa poche pour en retirer $1,50 (ou peut-être $2,00) pour un abonnement d’un an. Nous avons immédiatement arrêté la presse et inséré en première page que le premier abonnement avait été fait.
Malheureusement le journal n’a pas duré longtemps (c’était la dépression), les temps étaient durs et le journal a fermé. Pourtant le travail d’impression commerciale s’est poursuivi et mon père a été en mesure de gagner sa vie grâce à elle. Il a travaillé pour le comté, la ville et les hommes d’affaires locaux et les professionnels. Sa prochaine étape fut de construire son propre magasin et au début des années 30, disposant de très peu d’argent, il embaucha Alex et Johny Batherson pour construire une petite boutique à côté de sa maison (sur la route de l’A. E. Leadbetter, la grande maison de «Hillcrest Hall»). Il a ouvert une affaire sous le nom de «Les Seuls Jones («The Only Jones») - Imprimeur». Il a pris le nom «The Only Jones» du fait que sa famille était la seule représentant des Jones sur la liste électorale du comté à cette époque et peut-être aussi parce que le comté du Pays de Galles où il était né comptait des milliers de Jones.
L'imprimerie de David Jones à Port Hood.
The Chestico Museum & Historical Society Archives.
J’ai travaillé avec mon père chez lui et ailleurs (quand il y avait du travail à faire) jusqu’à ce que je quitte Port Hood en janvier 1937. J’ai poursuivi ma carrière dans l’imprimerie jusqu’à ma retraite voici plusieurs années. Après avoir quitté Port Hood, mon père avait formé Douglas MacDonald (celui du phare) et quand Douglas quitta Port Hood pour s’établir à Montréal, il trouva un emploi dans une activité voisine (la fabrication de boite) où il a gagné sa vie jusqu’à sa retraite à 65 ans (Douglas est décédé l’an dernier).
À cette époque, mon père ne pouvait plus guère faire de bon travail du fait de la faiblesse de sa vue, mais il est resté en activité jusqu’à sa mort en juin 1949.
David Jones.
The Chestico Museum & Historical Society Archives.
Après la mort de mon père, j’ai été contacté par un membre des Frères Chrétiens (Christian Brothers), un dénommé Dave Smith. Ce Frère avait reçu une formation dans les imprimeries des Frères Chrétiens à Montréal. Il était alors établi et travaillait à Chéticamp et il était actif dans le mouvement des Boy Scouts. Il souhaitait former quelques Scouts dans l’art de l’imprimerie et il voulait acquérir une partie de l’équipement de Port Hood. A ce moment-là, j’ai envoyé une petite presse à main ainsi que quelque autres pièces à mon domicile à Montréal. J’ai donné le reste de la boutique aux Frères Chrétiens et j’ai appris par la suite que ce matériel a joué un rôle important dans la formation de deux jeunes hommes à Chéticamp. Cette activité se poursuit encore aujourd’hui mais sous la direction de nouveaux propriétaires.
C’était la fin de l’imprimerie à Port Hood mais pas tout à fait celle de l’histoire. J’ai installé la petite presse à main dans un coin de mon sous-sol et j’ai appris aux enfants du voisinage quelques rudiments de l’art de l’imprimerie. Ce qui suit est la traduction d’une partie d’un livre intitulé «Montréal», il fait partie d’une série sur les villes du monde et son auteur est le fils de mon voisin, François Herbert.
Le voisin à ma gauche s’appelait Brown, celui de droite, s’appelait Jones. Brown était capitaine de navire sur les Grands Lacs, on le voyait rarement, seulement quand son bateau était au port. Jones était imprimeur, il avait dans son sous-sol une petite presse à main avec laquelle tous les enfants du quartier imprimaient des cartes de visite où ils se donnaient des titres magnifiques mais en général, elles étaient mal disposées, mal encrées, mal orthographiées.
J’ai donné désormais comme prêt permanent au Musée de Chestico et à la Société Historique, cette petite presse et d’autres choses relatives à cette petite histoire dans l’espoir que les visiteurs trouveront cette exposition intéressante.
Cette histoire est basée sur une entrevue avec David Sydney Jones, fils de David Jones, réalisée en 1990 par John Gillies de la Chestico Historical Society.
© 2009 Chestico Museum and Historical Society
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© C@P Society of Cape Breton County, 2009

