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Le Forgeron de Village

Avec la récente disparition de Hughie Beaton de Little Judique, nous avons perdu beaucoup de ses souvenirs, mais il a été vraiment heureux que le Chestico Museum and Historical Society ait pu enregistrer une heure et demie d’histoires et de souvenirs avec lui.

Hughie Beaton était un homme, comme « le Forgeron de Village » de Longfellow.

Le forgeron, un homme puissant il est,
Avec des mains grandes et nerveuse;
Et les muscles de ses bras vigoureux
sont solides comme des barres de fer.

Son front est humide de la sueur du travail honnête,
Et il regarde tout le monde
En face comme celui qui ne commande à personne.

Les diverses tailles de fers à cheval.Les diverses tailles de fers à cheval.
The Inverness Miners' Museum; The C@P Society of Cape Breton.

Hughie a raconté comment le ferrage d’un cheval pouvait prendre une heure, et quelques huit chevaux par jour faisait assez de travail pour n’importe qui. Pourtant, c’était un 23 décembre qu’il en a ferré dix-huit; et dix-sept la veille du jour de Noël – il n’est pas allé à l’église ce jour-là! Hughie n’était pas de ce genre d’hommes à envoyer ses voisins à la maison sur des chevaux mal ferrés quand les routes étaient glissantes. En une période de dix jours, il en a chaussé 110, et même Hughie a estimé qu’il avait posé une tonne de fer en une année.

Il commençait sa journée de travail à l’aube, travaillant parfois jusqu’à une heure avancée de la nuit. Il était payé 85 cents pour ferrer un cheval, et environ de 1,60 dollars à 1,80 dollars pour poser de nouveaux fers sur un cheval. En plus de cela, venait le coût des fers, des clous et du charbon. Pour le même travail aujourd’hui, un forgeron se ferait payer 35 dollars.


Hughie aimait beaucoup son travail avec les chevaux, même s’il ne craignait pas de diminuer sa détermination et sa force quand il devait affronter celles d’un cheval querelleur. Quelques fois, il disait : « Je me suis vu me battre pendant deux heures et demie avec un cheval avant de réussir à le ferrer … Il y a beaucoup d’efforts à faire pour maintenir un cheval. » Il ajoutait : « Il faut les traiter comme des amis et ne jamais avoir peur d’eux. »

Mais les talents de Hughie ne se limitaient pas au ferrage des chevaux, bien des fois il pouvait s’arrêter au milieu d’un ferrage pour faire une coupe de cheveux à quelqu’un! Même, s’il y avait de la pression, alors qu’il avait autant de clients que dix-neuf personnes qui avaient besoin de faire ferrer leur cheval ou encore d’un coupe de cheveux. Comme Mary Ronalds le disait, les femmes allaient le voir (c’était aux environs de 1928) pour se faire coiffer à la garçonne, et Hughie leur réussissait « une coiffure sublime. »

Cet extrait est initialement paru dans le Inverness County Participaper, en avril 1980, publié par la Municipalité du Comté d’Inverness.


Une entrevue avec Hughie Beaton

La soufflerie de forge a entretenu une forge de forgeron.La soufflerie de forge a entretenu une forge de forgeron.
John Beaton, Little Judique; The C@P Society of Cape Breton.

John: Eh bien, j’ai une question que Dan Willie m’a demandé de vous poser. Hughie Beaton, il voulait savoir quel a été le plus grand nombre de chevaux que vous avez ferrés en une journée?

Hughie: Dix-huit.

John: Dix-huit?

Hughie: J’étais pressé. J’ai dû le faire, il y en avait 22 à la boutique ou plus. J’en ai fait dix-huit et j’en fait dix-sept le lendemain et encore 10 le jour suivant. C’était la veille du jour de Noël. Je vous le dis, je ne suis pas allé à l’église (rires). C’était beaucoup de travail mais, j’en ai ferré 110 en 12 jours. Il y avait que la route était glissante et qu’ils ne pouvaient pas rentrer chez eux, cela me dégoûtait de les envoyer comme ça.

John: Où aviez-vous votre premier atelier de forge?

Hughie: Juste à la maison.

John: Sur la route de Beaton?

Hughie: Sur la route de Beaton, oui, c’est ça, la vieille maison.

John: Et combien de temps avez-vous gardé votre boutique à cet endroit avant de vous déplacer à Little Judique?

Hughie: Environ six ou sept ans. J’ai commencé par un magasin des patins et des traîneaux de bois. Et j’ai construit un foyer et j’ai commencé à travailler le fer et le montage des traîneaux et … ensuite les chevaux ont commencé à venir. Eh bien, je savais ferrer bien longtemps avant que je ne vienne dans ce coin. J’avais de la ferraille, vous savez, des vieux fers, des pneus et toutes sortes de choses. J’en avais cinq tonnes à mon ancienne maison. Je me suis débarrassé de toute cette ferraille que j’avais gardée. Puis en 1930, j’ai déménagé dans ce coin, c’était en juin.


Spectator: En quelle année avez-vous commencé?

Hughie: En 1930, j’ai déménagé et c’était six ans avant que je ne devienne propriétaire.

Spectator: Avez-vous jamais reçu un mauvais coup?

Hughie: Une fois. J’ai reçu un coup de pied dans la poitrine et je suis tombé par terre. J’étais sur le sol et les coups passaient au-dessus de ma tête. Ensuite j’ai eu la pipe enlevée de ma bouche. Elle donnait des coups de pied en l’air aussi, si elle m’avait frappé elle aurait pu me briser la tête.

John: Alors, qu’est-ce que vous avez fait au cheval après qu’il vous eut enlevé la pipe de la bouche?

Hughie: J’ai ramassé le manche de pioche et je me suis mis debout, je l’ai frappé derrière la tête. Eh bien, il est tombé à plat et il s’est relevé. Vous avez essayé de me tuer et je vais te tuer. Vous savez j’ai entrainé ce cheval, pour qu’il ne puisse plus lever un pied du sol.

Spectator: Elle ne pouvait plus?

Hughie: Non, c’était un cheval gris. Vous souvenez-vous de John Beaton?

Spectator: Oui, je m’en souviens.

Hughie: Elle a pris le tuyau et il a atterri dans le coin. C’était fini. Mais Dieu merci, je m’entendais bien avec les chevaux. J’ai toujours été gentil avec eux, vous savez. C’est le seul cheval que j’ai jamais durement frappé, et je suis allé après lui pour le tuer. Il a été si près de me tuer que je me suis dit je t’aurai le premier.


A photograph of blacksmith tools. The Inverness Miners' Museum; The C@P Society of Cape Breton.

John: Qu’avez-vous fait de votre jument Duncan, celle que …

Hughie: Oh, je l’ai ferrée.

Duncan: Angus Hugh R. Beaton l’a achetée après cela. Il l’a gardée pendant fort longtemps. Mais elle restait calme pendant que je la ferrais. Elle a atterri chez Frank Tracy’s. Elle nous a quitté. Elle n’avait qu’un fer et elle a quitté.

Hughie: Oh, j’en ai eu de bien mauvais, j’en ai ferré un et je l’avais attaché avec une corde, vous savez. Eh bien, il a tout fait, il s’est couché trois ou quatre fois. Ensuite il a mis sa tête entre ses jambes et a pensé à me culbuter. Il ne pouvait pas sortir. George Gould était avec moi. Si George avait été sage, il n’aurait jamais été avec moi.

Spectator: Malcolm Sandy en eut aussi quelques uns de difficiles?

Hughie: Des noirs.

Spectator: Oui, oui.

Hughie: J’en ai construits des stocks à la fin de cela, ils auraient dû en construire il y a dix ans mais je ne l’ai pas fait.

John: Quels sont ces stocks? Je ne sais pas.

Hughie: Oui, c’est pour y conduire le cheval. Il y a trois grands stocks et une barre à travers. Ensuite vous le mettez derrière la barre et il ne pouvait plus trouver d’issue. Ainsi, vous attachez une corde à son pied arrière à travers le poste et il n’a plus qu’à soulever son pied en l’air.


Spectator: Il lui était impossible de bouger?

Hughie: Impossible de bouger, non. Je les ai vus jouer, sauter et se griffer, des chaînes sur leurs dos, et ils se couchent sur le sol et j’ai mis la chaîne sous eux, ils devaient être entre deux chaînes. Je ne m’en suis pas servi pour m’ennuyer avec eux. J’ai vraiment aimé travailler, me battre avec un cheval, je me suis vu me battre pendant deux heures et demi avec un cheval avant de pouvoir le ferrer.

Spectator: Avez-vous trouvé que c’était mieux quand vous le ferriez pour la seconde fois?

Hughie: Oh! Oui, oui.

strong>Spectator: Quelques uns, ils pouvaient être nerveux. Vous deviez les mettre en condition.

Hughie: Il y a beaucoup de travail à maîtriser un cheval aussi. Tu dois être gentil avec eux. Tu dois être leur ami, leur parler avec gentillesse. Et ne jamais avoir peur d’eux, la pire chose au monde. Allez à un cheval, allez tout droit vers lui, et il saura alors que vous n’avez pas peur de lui.

John: Je m’interroge sur les quatre personnes dont vous n’avez pas ferré les chevaux. Vous avez dit qu’il y avait vingt-deux chevaux, ce matin-là et vous n’en avez ferré que dix-huit.

Hughie: Dix-huit, eh bien les quatre autres ont dû rentrer chez eux à toute vitesse, d’une façon ou d’une autre. Oui, mais je pense qu’il y en avait seize ou dix-sept le lendemain.

Spectator: Le lendemain.

Hughie: Eh bien. J’ai dit, ils ont tous été ferrés, ils sont arrivés à 10 heures et il n’y avait pas de cheval dans la salle, il y a eu 10 chevaux qui sont venus en une demi-heure. C’était la veille du jour de noël. Ainsi, soit j’en finissais avec eux ou soit je n’en finissais pas avec eux et ils ne pourraient pas se rendre à l’église, c’était glissant, houf! Rien que de la glace!


Une tête de hache a façonné par un forgeron.Une tête de hache a façonné par un forgeron.
The Inverness Miners' Museum; The C@P Society of Cape Breton.

Mildred: Quel était le coût pour le ferrage d’un cheval?

Hughie: Eh bien, c’était très bon marché. Mettre un jeu de fers, les fixer et les protéger, disons 85 cents.

Mildred: Quatre-vingt-cinq cents pour un fer ou pour les quatre? Quatre-vingt-cinq cents au total?

Hughie: Et un dollar soixante pour des neufs.

Spectator: Est-ce que c’était quand vous aviez commencé?

Hughie: Les premières années? Oui! Tout l’argent, tout passait dans les fers, les clous, et le charbon. Vous gagneriez 35 dollars aujourd’hui.

Spectator: Alors, cela comprenait les fers, vous deviez payer pour les fers.

Hughie: Oh, oui.

Spectator: Et il ne vous restait pas grand chose.

Hughie: Non.

Spectator: C’est la meilleure façon de s’enrichir.

Hughie: Ne jamais avoir trop d’argent.


Spectator: Mais, aujourd’hui vous auriez 50 dollars pour ce fer, n’est-ce pas?

Hughie: Vous gagneriez 35 dollars de toute façon. Je ne pense pas que vous puissiez acheter les fers aujourd’hui pour le … Je mettais une tonne de fers par an ou plus. Je commandais 22 caisses. Il y en avait 100 dans chaque caisse, et je les ai tous mis sauf deux caisses. À 250 livres par caisses. Ha! J’avais commandé des clous pour 24 ans.

Spectator: De quel marteau vous serviez-vous?

Hughie: C’était un petit marteau, oh il était lourd, il était plus gros partout. Il avait fait beaucoup de coupe et de torsion. C’était un marteau dandy.

Mildred: C’était le même marteau?

Hughie: Oui, je l’ai gardé pendant 24 ans. Et je n’aurais pas pu en avoir un autre qui aurait été … Il y avait beaucoup plus d’acier sur lui, vous savez. Il était sur les pinces, oh il y avait beaucoup d’expérience en lui.

Spectator: Où achetiez-vous les fers? Où est-ce que vous les commandiez?

Hughie: Je les achetais pour la plupart chez Simmons à Halifax et chez Donovan à Amherst. Il y avait un énorme stock chez Donovan. Je pouvais les avoir pour 1,500 dollars par an. Il y en avait beaucoup, l’acier était bon marché.

Spectator: Je suppose que vous aviez un problème à avoir du bon charbon à brûler.

Hughie: Oh oui, le meilleur charbon, je l’ai tout brûlé. Tout, même le charbon d’Inverness, du charbon anglais, c’était le charbon des Mines de Mabou qui était le meilleur. Le charbon de Port Hood venait en second.

Spectator: Pourquoi un type de charbon était-il meilleur qu’un autre, qu’en était-il pour obtenir plus de chaleur?

Hughie: Eh bien, c’était le genre de charbon, la sorte de charbon, il y en avait du sans soufre. Et il y en avait qui n’avait pas de cuivre. Le soufre et le cuivre empêchaient la soudure d’être droite. Vous pouviez le faire mais vous ne pouviez souder les essieux ou quoi que ce soit de lourd.


A photograph of Hughie Beaton's hand drill. John Beaton, Little Judique; The C@P Society of Cape Breton.

John: Aviez-vous un assistant dans votre forge?

Hughie: Eh bien, j’ai eu un compagnon qui m’a aidé à la fin. C’est lui qui enlevait les fers mais il ne pouvait les mettre en place. Il ne pouvait que les enlever. Les 3 ou 4 dernières années, je devenais de plus en plus vieux et raide.

Spectator: En moyenne, combien vous fallait-il de temps pour ferrer un assez bon cheval avec de bons fer?

Hughie: Eh bien, un cheval par heure, vous pouviez faire un bon travail. Huit chevaux par jour, eh bien c’était du bon travail pour n’importe qui, vous pouviez quitter ensuite.

Spectator: Vous avez été assez chanceux, Hughie, vous n’avez jamais reçu un coup de pied de cheval.

Hughie: J’ai eu de la chance, une chance terrible.

Spectator: Oh.

Hughie: Je ne me suis pas arraché les tripes avec des veines qui passent à travers les jambes. Vous deviez être rapide comme vous pouvez le dire, quand vous deviez tenir un cheval par le pied, qu’est-ce qu’il allait faire, qu’est-ce qu’il allait faire ensuite? Vous pouviez le dire par intuition. Il est nerveux, vous pouviez le sentir chez lui, il était temps de le laisser partir.


Spectator: En avez-vous jamais eu un que vous avez dû abandonner?

Hughie: Non, pas un. Je n’aurais jamais abandonné.

Spectator: Vous pouviez aussi monter des pneus, non?

Hughie: Je pouvais caler ces tiges et monter des pneus. Il y avait une corde qui passait dans les pneus et il y avait du laiton, vous ne pouviez pas voir le laiton dans les flasques. Et j’étais habitué à les démonter et à les retirer et à les remettre. Les poser en place. Cette machine maintenait les fils, ensuite vous les coupiez et montiez les pneus ensemble.

Spectator: C’était des pneus en caoutchouc.

Hughie: Des pneus en caoutchouc.

Spectator: Vous mettiez du fer aussi, hein?

Hughie: Oh, oui.

Spectator: Quand, en quelle année, à peu près à quel moment avez-vous commencé à utiliser des pneus en caoutchouc?

Hughie: Oh, ça alors, peut-être une quinzaine d’années, une vingtaine d’années, au moins quinze ans de toute façon. Le plus gros travail sur les pneus consistait à mettre la chambre à air sous le pneu. On les obtenait en barres, et vous deviez les fixer. Et il y avait une valve sur la chambre à air, vous deviez en être sûr et l’avoir pour la taille de la roue, vous ne pouviez l’étirer ou la rétrécir. Vous deviez savoir comment la couper et ensuite la coller, il y avait 3 côtés, avant de trouver les côtés et de les coller. Vraiment très particulier. Ensuite le pneu devait être mis du bon côté aussi. Vous ne pouviez pas l’étirer ou le rétrécir. Oh, je suis né 35 ans trop tôt, de toute façon. Le collage est la chose la plus particulière. Si vous ne parveniez pas à faire un bon collage, alors vous pouviez quitter.


A photograph of Hughie Beaton's press. John Beaton, Little Judique; The C@P Society of Cape Breton.

Spectator: Donc, quand vous avez commencé à ferrer les chevaux, vous avez plus ou moins abandonné le traîneau?

Hughie: Eh bien, je suis devenu tellement occupé que je ne pouvais plus continuer. J’ai construit de nouveaux wagons. J’ai construit huit nouvelles poussettes. Construire des wagons, les peindre et les rembourrer et tout et tout.

John: Avez-vous ferré les chevaux à Port Hood quand le champ de course s’est ouvert ici?

Hughie: Oh, oui.

John: Est-ce qu’il y avait ou quelle était la grande différence entre ferrer un cheval de course ou un cheval de trait?

Hughie: Oh bien, ils devaient être plus soignés. Et ils devaient être mis à niveau dans le bon sens, les chevaux de course. S’il n’était pas bien nivelé ce qui était la chose principale, le niveau du sabot. Certains chevaux, ils se frappaient les genoux. Certains chevaux en plus, devaient traverser du feu. Et quand ils traversaient du feu, ils attrapaient l’autre pied par l’arrière. J’ai vu un cheval qui sortait de la forge, et il s’est coupé lui-même.

Mildred: Est-ce que ces fers étaient plus légers que les autres?

Hughie: Eh bien, certains d’entre eux il devrait être plus lourd d’un côté et plus léger de l’autre. Et pour garder le niveau vous deviez souvent mettre du cuir sous les fers, pour maintenir le sabot au niveau.

Spectator: Quel était le plus grand ensemble, le nombre huit serait-il le plus grand de celui que vous avez ferré. Le fer de taille numéro huit.

Hughie: Quatre onces et cinq onces. Je les ai utilisés pour ferrer pour le Dr. Claw d’Inverness, pour tous les ferrages de ses chevaux. J’ai ferré le cheval le jour où il l’a vendu. Cela a été le cheval du jour, il l’a monté dans la course et il a perdu.


Mildred: Est-ce que vous ferriez tous ces lourds chevaux ces jours-là comme des Percherons?

Hughie: Oui, oui, oui.

Mildred: Et Clydes. Il était avec vous?

Hughie: Oui, oui, beaucoup d’entre eux. Ces garçons de l’ouest étaient mauvais, terribles. Ils étaient complètement fous, ils auraient sauté par-dessus vous. Je parlais à un collègue de la Saskatchewan où ils avaient l’habitude de prendre les chevaux au lasso. Je lui ai dit que je les ferrais. Eh bien, vous êtes aussi fou, qu’il m’a dit, que les oiseaux. Je ne voudrais pas aller près de l’un d’entre eux pour l’amour de Dieu, et il avait raison.

Spectator: Ils avaient probablement un ranch de chevaux.

Hughie: Ils avaient un ranch, ils capturaient les chevaux dans la prairie. Ils les attrapaient pour cinq dollars. Ensuite ils les jetaient dans la voiture et ils les envoyaient ici. Ils demandaient peut-être deux cents dollars par cheval.

Spectator: Pendant combien de temps avez-vous ferré des chevaux, Hughie?

Hughie: Pendant trente-cinq ans.

Spectator: Voue êtes resté ici pendant trente-cinq ans? 

Hughie: Oui, c’est bien ça; j’y suis resté jusqu’à cette date. J’allais faire du foin ou du grain. Mais je suis resté 35 ans sans quitter l’enclume.


A photograph of a machine used for putting the rubber on wagon wheels. John Beaton, Little Judique; The C@P Society of Cape Breton.

Spectator: Avez-vous remarqué qu’il y a un changement dans le stock et dans ce genre de choses?

Hughie: Oh, quand les gars de l’ouest sont venus, c’était pour en finir avec les chevaux.

Spectator: Je connais un couple de personnes, il y a quelques années, du comté d’Inverness, qui avait quelques uns des meilleurs chevaux du pays.

Hughie: Oui, c’est vrai.

Spectator: Ils en expédiaient aux États à partir d’ici.

Hughie: Oh, oui.

Spectator: Ils sont revenus voici quelques années.

Hughie: Ils ont pris les cargos de l’Ouest. Il y avait assez de travail pour à peu près tout le monde. S’il n’avait pas d’emploi, il trouvait un contrat ou quelque chose d’autre.

Spectator: C’est l’Ouest, je suis allé là-bas. Cela en valait la peine. Comment se fait-il que tant d’entre eux avaient le mal du pays, ou ils l’ont attrapé quand ils sont venus ici?

Hughie: Ils n’étaient pas habitués au climat.

John: Quelle a été la deuxième chose que vous avez dit, soit ils avaient déjà le mal du pays ou soit ils l’attrapaient?

Hughie: Et leurs sabot étaient contaminés pour quelle raison à cause du sec, vous savez? Ils n’étaient pas préparés ou rien, au lieu de grossir, le sabot devenait plus petit.


John: Est-ce qu’il y avait beaucoup de tissus morts, si bien que vous mettiez le clou de fer au travers du sabot?

Hughie: Oh, il n’y en avait pas beaucoup, peut-être, pas plus qu’un quart de pouce.

John: Avez-vous jamais enfoncé le clou d’un fer au travers de …

Hughie: Non, non je veillais toujours à cela.

John: Est-ce qu’un cheval pouvait devenir boiteux?

Hughie: Oh, mon Dieu.

John: Jamais?

Hughie: Oui, j’aurais été responsable de sa ruine si le clou était rentré trop vite et que la saleté se serait mise dedans.

Spectator: Travail difficile, dur, dur travail.

Hughie: C’était pourtant bien si vous l’aimiez.

Spectator: Lorsque vous commenciez la forge le matin, vous deviez avoir une demi-douzaine de chevaux en face de vous.

Hughie: Quelques fois il y en avait vingt-deux devant vous.

Spectator: Est-ce que cela vous fatiguait le dos quelque fois?

Hughie: Je n’ai jamais eu mal au dos de ma vie. Pour ferrer les chevaux, je pouvais y passer toute la nuit. J’ai eu un médecin qui a examiné mon dos, le Dr. MacLellan, il a dit, ça alors, quel dos. Eh bien, a-t-il dit, je ne sais pas s’il est bon ou mauvais. Ça alors, quel dos. Oh vous avez des muscles, c’est tout. Oh, c’est une bonne affaire, quelqu’un qui pourra aller vite à ferrer les chevaux, pourra faire beaucoup d’argent aujourd’hui. Mais cela prendra beaucoup de temps pour apprendre.


A photograph of a machine which puts metal wire inside of wagon wheels. John Beaton, Little Judique; The C@P Society of Cape Breton.

Spectator: Où vont-ils enseigner aujourd’hui, est-ce qu’il y a beaucoup d’endroits où ils le font, c’est apprendre un métier que l’on n’apprend pas normalement?

Hughie: Non, non, non.

Spectator: Ils ont des écoles, n’est-ce pas?

Hughie: Oui, ils en ont.

John: Ils l’enseignent au Collège Agricole maintenant je pense.

Hughie: Vous devez en sortir et faire le travail. Ensuite, si vous savez comment faire, vous prenez beaucoup de livres, mon garçon. J’ai pris beaucoup de livres.

John: Comment faisiez-vous pour garder votre travail à la première place?

Hughie: J’ai commencé par moi-même et j’ai eu une sorte de bonne idée, vous savez.

John: Avez-vous travaillé avec un maréchal ferrant?

Hughie: Non, non.

John: Vous n’avez pas du tout jamais travaillé dans une forge?

Hughie: Non, non, je n’ai jamais travaillé dans aucune. J’ai appris à la dure, par moi-même. C’est la meilleure façon du monde pour apprendre. Oh, Dieu, la soudure. C’est le plus dur que j’ai fais. Souder un fer, et l’aiguiser avec la chaleur. Et si cela n’était pas bien soudé cela ne restait pas, cela devait être bien soudé.

John: Est-ce que vous avez eu des incendies? Travailler avec du feu tout le temps dans le magasin, est-ce que votre bâtiment n’a-t-il jamais brûlé ou été près de brûler?

Hughie: Non, non. Le toit de la boutique a pris feu. Le toit est devenu vieux cela me faisait peur et je l’ai abattu.


Spectator: Est-ce que vous avez fabriqué des cercueils, Hughie?

Hughie: Oui.

Spectator: Comment vous êtes-vous mis à cela?

Hughie: Oh, avec mon père. J’en fabriquais cinq par semaine. Cela allait vite, les deux frères sont morts. Ils en ont mis un dans la tombe et ils ont mis l’autre dans le cercueil. Dan Angus, les frères de gros Jim, c’était deux d’entre eux. C’était l’époque où la grippe se répandait.

John: Ce serait quoi, 1918, 1919?

Hughie: Je suppose que c’était en 1919. J’étais vraiment très jeune. Et depuis le moment où mon père m’a appris à les tailler jusqu’au moment où je les faisais moi-même, je n’avais que 15 ans. Oui, savez-vous ce que j’ai entendu moi-même … croyez-vous aux moribonds?

Spectator: Oui, certainement.

Hughie: J’ai entendu mon père, j’étais moi-même en train de mettre le tissu sur le cercueil.

John: Vous mettiez quoi sur le cercueil?

Hughie: L’étoffe. Vous savez, nous les fabriquions dans une dépendance et il faisait un froid du diable. Je suppose qu’il faisait 22 degrés en dessous de zéro. Vous ne pouviez pas mettre l’étoffe sur le cercueil, il faisait si froid et je l’ai mis dans la cuisine. A la nuit tombée, j’ai mis le cercueil. J’étais allé me coucher quelques nuits avant, et je pouvais les entendre, les clous de la façon dont vous savez que vous pouviez entendre. Et j’ai appelé le reste de la maison et je leur ai demandé s’ils étaient tous au lit. C’était juste en bas et j’ai entendu « bang, bang. » Dans environ une semaine, j’ai couvert le cercueil dans la cuisine, je n’ai plus rien entendu.

John: Qui était la personne qui était morte, est-ce que vous la connaissiez?

Hughie: Je ne m’en souviens pas, je crois que c’était la mère de Donald Stevens.

Spectator: Qui est ce Donald?

Hughie: Aussi loin qu’il m’en souvienne. Je sais que j’ai couvert son cercueil. J’ai fabriqué dix-sept ou dix-huit cercueils.


Village de Montagne/An Clachan GàidhealachVillage de Montagne/An Clachan Gàidhealach
The C@P Society of Cape Breton County.

Spectator: De quoi vous serviez-vous pour fabriquer un cercueil, alors?

Hughie: Il n’y avait pas de plan.

John: Ils étaient juste déposés sur un plateau d’abord, avant que le cercueil ne soit fabriqué?

Hughie: Oui, oui, ils étaient étendus sur un plateau.

Spectator: Vous n’aviez pas de cercueils fabriqués comme …

Hughie: Oh non, vous deviez placer la dépouille dans le cercueil.

John: Est-ce que c’était le seul moribond?

Hughie: C’est le seul moribond que j’ai entendu. Mais j’ai entendu ce son tel qu’il était. Et je ne savais pas ce que c’était jusqu’à ce que j’aie pris le cercueil pour le couvrir.

John: Et qu’en serait-il, que serait le coût de cercueil dans ces affaires de pompes funèbres, si vous pouviez l’avoir pour moins cher à partir du …

Hughie: Non, nous n’en pouvions rien obtenir (rires). Il ne pouvait pas être moins cher que cela.

Spectator: C’était une veille coutume que de fabriquer le cercueil.

Hughie: Oui, c’était de la charité. J’en ai fabriqué environ dix-sept ou dix-huit. Le dernier que j’ai fait dans le magasin, je suis allé en bas, vous savez, et le cercueil était en haut. Je suis descendu pour faire quelque chose et quand je suis remonté là-haut, il y avait un homme étendu dans le cercueil (rires).


Spectator: Combien de temps cela vous prenait-il pour fabriquer un cercueil quand vous avez commencé?

Hughie: Oh, vous pouviez faire un cercueil en une demi-journée, voire plus. Oui, nous aviez différentes tailles, 1000, 1200.

Spectator: Je suppose que vous aviez un système de mesures pour définir cela.

Hughie: Oh non, je n’avais que juste une règle, vous savez, pour les épaules. Vous savez … Il y avait une règle et vous coupiez le plateau, vous savez.

John: Vous alliez à la maison, vous preniez les mesures de …

Hughie: Vous mesuriez la dépouille.

Spectator: Est-ce que cela vous gênait d’être auprès du cadavre?

Hughie: Non, non. Puis ils sont venus me voir pour démarrer une usine à Hawkesbury. Oh, ils avaient des ressources là-bas. Faire des cercueils à Hughie MacDonald’s. MacDonald, c’était un brave homme. Il voulait que je me rende là-bas et commencer une usine. Je ferrais bien trop de chevaux.

Spectator: N’avez-vous dû jamais vous arrêter au milieu du ferrage d’un cheval pour faire une coupe de cheveux?

Hughie: Oui, beaucoup de fois.

Spectator: Que se passait-il, alors?

Hughie: Surtout, s’il y avait un bal, les filles étaient après vous, je pense qu’un jour il y en avait dix-neuf. J’étais en train de ferrer des chevaux (et les filles arrivaient pour leurs cheveux). Elles voulaient que je fasse leurs cheveux, vous savez.

Mildred: Les femmes aussi, hein?

Hughie: Oh oui, les femmes voulaient du style.

Mildred: C’était en 1928, 26 ou quelque chose comme ça.

Hughie: Je suppose que c’était ça, oui.


Village de Montagne/An Clachan GàidhealachVillage de Montagne/An Clachan Gàidhealach
The C@P Society of Cape Breton County.

John: Je parlais avec Mary Ronald il y a quelques jours, elle savait que nous devions venir chez vous et elles m’a dit qu’elle était venue un jour pour se faire couper les cheveux et que vous vous êtes arrêté au milieu du ferrage des chevaux pour lui faire sa coupe de cheveux.

Hughie: Oh, oui.

John: Elle a dit que vous lui avez fait une très bonne coupe de cheveux.

Hughie: Eh bien, il n’y avait personne pour couper les cheveux.

Mildred: Où faisiez-vous ces coupes de cheveux, dans la forge?

Hughie: Oui.

Mildred: Juste là?

Hughie: S’il venaient à la forge, c’est la que je les couperais mais ils venaient généralement à la forge.

John: Je parlais avec Mary Ronald il y a quelques jours, elle savait que nous devions venir chez vous et elles m’a dit qu’elle était venue un jour pour se faire couper les cheveux et que vous vous êtes arrêté au milieu du ferrage des chevaux pour lui faire sa coupe de cheveux.

Hughie: Oh, oui.

John: Elle a dit que vous lui avez fait une très bonne coupe de cheveux.

Hughie: Eh bien, il n’y avait personne pour couper les cheveux.

Mildred: Où faisiez-vous ces coupes de cheveux, dans la forge?

Hughie: Oui.

Mildred: Juste là?

Hughie: S’il venaient à la forge, c’est la que je les couperais mais ils venaient généralement à la forge.

Cet entretien est initialement paru dans un Bulletin d’Information de la Chestico Historical Society et a été fourni par le Chestico Museum and Historical Society of Port Hood. Le principal interviewer était John Gillies, mais d’autres membres de la Historical Society ont participé à l’interview de M. Hughie Beaton. Cette entrevue a eu lieu en hiver 1980. L’entrevue a été transcrite par Debbie MacNeil et elle peut être consultée dans son intégralité au siège de Chestico Museum and Historical Society.

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