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Les Bateaux de Main-à-Dieu et des environs

Mike Targett

Le bateau de Dan McDougall en bois est pris du bâtiment où il a été fait, les années 1960s Le bateau de Dan McDougall en bois est pris du bâtiment où il a été fait, les années 1960s
The Main-à-Dieu Coastal Discovery Centre.

Les bateaux de Main-à-Dieu et des environs ont une histoire aussi riche et variée que les pêcheurs qui sont montés à bord. Bien que les domaines des infrastructures, de l’économie et de la culture se soient modernisés vers la moitié du siècle, ouvrant la voie aux révolutions technologiques de la pêche que l’on entrevoyait déjà, un groupe de constructeurs de bateaux a tranquillement rendu cette région célèbre par un ancien métier : la construction de bateaux en bois. Dave Forgeron, Dan McDougall, Gerald Gallant, et John Hall sont des pêcheurs et des constructeurs de bateaux dont les noms résonnent dans les communautés de pêcheurs du Cap Breton avec le genre de vénération normalement réservée aux grands artistes de la Renaissance.

Sauf pour la collecte du bois et la mise en place des planches, ce qui nécessite l’aide d’au moins un autre homme, la plupart des travaux de construction d’un bateau, comme le travail du bois brut pour le bateau, peut-être accompli tout seul – à la manière dont un compositeur peut arranger librement les notes de musique en une symphonie – généralement dans une petite cabane à bateau située à l’arrière de la propriété du constructeur. De cette cabane, chaque constructeur peut sortir un ou deux bateaux tous les un ou deux ans, une production de plus de cent bateaux tout au long de sa vie! Comme la saison de la pêche approchait, cependant, et comme le bateau arrivait à la fin de sa construction, le constructeur et son bateau ont commencé lentement à trouver leur chemin vers la mer.

La joie presque étourdissante de cette sortie physique n’est qu’une partie de l’héritage de chaque homme. Cela a fait partie en outre de l’art et du soin du travail – ce que l’on pourrait appeler l’art de l’artisanat – si bien que les pêcheurs d’aujourd’hui, qui préfèrent surtout la longévité de la fibre de verre, seraient heureux de décorer leur salle de séjour avec leurs créations de bois faites à la main. Et cette réussite du travail voulait dire que chacun des bateaux de chaque constructeur était différent du dernier, ainsi tous les pêcheurs sur le quai pourraient dire, juste en regardant, tel bateau a été construit par tel homme.


Les métiers de l’artisanat

Le doris est tracté du phare de Point d'Est d'Ile de Scatarie, les années 1950s. Le doris est tracté du phare de Point d'Est d'Ile de Scatarie, les années 1950s.
The Main-à-Dieu Coastal Discovery Centre.

La construction d’un bateau commence par un plan, d’abord dans la tête du constructeur, puis par l’élaboration d’un schéma détaillé ou peut-être en fabriquant un modèle réduit en bois. Dès que les plans sont établis, le constructeur choisit le bois brut (généralement de l’érable) pour la quille (un faisceau autour duquel la coque est construite, ce qui constitue comme la pierre angulaire du bateau); la proue (où l’arc de bois rencontre la quille); et finalement la poupe (l’arrière du bateau). Il forme ces éléments, il les assemble en une ossature en forme de squelette, et pour empêcher l’eau de s’infiltrer dans le bateau. Un moule est mis en place, c’est lui qui donne sa forme au bateau, et qui sera supprimé dès que le bateau est en planches.

La vapeur est souvent utilisée pour assouplir les poutres en bois et les rendre assez malléables pour les plier et les former. De larges planches de pin sciées sont coupées, taillées et clouées sur les poutres de chêne. Les moules sont retirés, et des renforcements sont mis en place pour consolider le bateau. Les planches sont sablées et les jointures sont bouchées avec du coton en fibres, puis de l’époxy est mis dans les jointures sur le premier bouchage pour assurer l’étanchéité des planches ainsi assemblées. Le faisceau de plancher est assemblé avec des clous à grosse tête.

Les bateaux de pêche à Main-à-Dieu, les années 1960s.Les bateaux de pêche à Main-à-Dieu, les années 1960s.
The Main-à-Dieu Coastal Discovery Centre.

Puis vient la timonerie fermée ou cabine de timonerie – une innovation récente, étant donné que les bateaux d’autrefois étaient largement ouverts, sans aucun brise-vent ni aucun autre abri, tandis que maintenant chaque bateau a une petite cabine. Dans l’ancien temps, tous les pêcheurs pouvaient devoir se réchauffer grâce à un petit poêle qu’ils gardaient à bord pour avoir une bonne tasse de thé fort et brûlant, avec en plus un morceau de pain maison trempé dans de la mélasse épaisse. «Pas de fantaisie» déclarait un vieux pêcheur.

Après vérification des joints, de la peinture et de l’équipement du bateau pour s’assurer de sa sécurité, on donnait un nom au bateau. Ces noms étaient bien profonds pour le profane, ils pouvaient aller d’un nom faisant référence à la région, au nom du genre de poisson pour la pêche duquel le bateau serait employé ou même encore au dicton favori du capitaine de l’équipage. Beaucoup de pêcheurs donnaient à leurs bateaux, les noms des membres de leurs familles : fils, filles, épouses – le nom qui était le plus mauvais jeu de mots avait le plus de valeur! Tout ce qui faisait allusion à la culture de la pêche et à l’amour que le pêcheur éprouvait pour elle, à la fois tout ce qui pouvait aller au plus profond de l’homme comme dans son passé. La dernière étape qui n’était pas officielle du tout consistait à se reposer, se détendre et passer du temps avec sa famille et ses amis. Au printemps, grâce aux efforts du constructeur, un nouveau bateau serait mis à l’eau; et le constructeur lui-même, un cran de plus à sa ceinture, serait juste derrière lui.


De l’atelier à l’eau

Jim McInnes fournit au gardien de phare sur l'Ile de Scatarie, les années 1950s.Jim McInnes fournit au gardien de phare sur l'Ile de Scatarie, les années 1950s.
The Main-à-Dieu Coastal Discovery Centre.

Le voyage du bateau depuis l’atelier jusqu’à l’eau comporte une série de traditions et de rituels tout aussi importants que les étapes qui l’ont conduit du bois de la forêt au premier abri du constructeur. Ces jours-là, le bateau est levé sur un grand camion et conduit jusqu’à la côte en vue de son «lancement». Voici bien des années, les pêcheurs allaient dans les bois voisins pour couper des bûches assez grandes pour porter le bateau, les billes étaient utilisées comme «rouleaux» pour rouler le bateau, il glissait ainsi en avant sur le plus grand nombre de bûches, frayant son chemin jusqu’à l’eau. À une époque, la superstition empêchait de lancer les bateaux le vendredi. (D’autres superstitions comprenaient par exemple : ne jamais parler de «cochon» sur le bateau; ne jamais tourner le bateau contre le soleil [le sens contraire des montres et horloges]; ne jamais porter de chaussettes noires à bord du bateau; et ne jamais lancer l’avant du bateau en premier). Aujourd’hui si le camion vient un vendredi, le bateau sera mis à l’eau un vendredi.

Gerald Gallant, de Petit Lorraine, se tenant avec un de ses derniers bateaux en bois, environ 2000.Gerald Gallant, de Petit Lorraine, se tenant avec un de ses derniers bateaux en bois, environ 2000.
The Main-à-Dieu Coastal Discovery Centre.

Les bateaux de pêche en bois ont pratiquement disparu, tout d’abord sous une couche de fibre de verre, comme les pêcheurs ont employé ce nouveau matériau pour renforcer les coques de leurs bateaux en bois; puis, ils ont été complètement remplacés, car ils se sont rapidement démodés face à cette concurrence durable. Les premiers bateaux en fibre de verre ont été en quelque sorte des répliques des bateaux en bois, pour autant que les bateaux en bois pouvaient procurer des moules pour les bateaux en fibre de verre. Toutefois, on peut encore voir des bateaux en bois sur l’eau, aujourd’hui, presque tous les bateaux de pêche sont fabriqués dans ce matériau moderne de longue durée. «Il va survivre à l’homme» ont l’habitude de dire les pêcheurs.

Cet extrait est paru d’abord dans Les Bateaux de Main-à-Dieu et des environs, une publication parue en 2008 présentée par l’Association pour le développement communautaire de Main-à-Dieu. Les Bateaux de Main-à-Dieu et des environs : Une Relation de l’Histoire en Multimédia, comprenant des bandes audio, une vidéo et plus d’une centaine de photographies, peut être visitée au site suivant : coastaldiscoverycentre.ca

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