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Anne Morrell Robinson: La fabrication de courtepointes à Kingross

Anne Morrell Robinson vit à Big Intervale, au Cap Breton, où elle fabrique des courtepointes dans son studio de Kingross depuis plus de trente ans. Artiste de réputation internationale, couverte de récompenses, Anne a créé des courtepointes tant pour les marchés publics que pour une clientèle privée. Elle partage sa passion pour les arts des tissus et elle se rend à des conférences nationales, des guildes et des écoles pour enseigner. Anne conçoit ses propres modèles, qui ont été publiés dans des livres et des revues et pour être utilisés dans ses classes. Ses pièces si belles et si soigneusement conçues ont traversé les disciplines, les techniques, les matériaux et les marchés. Anne a partagé l’histoire de son travail à travers le temps avec nous au cours d’une interview en février 2009.

Le travail des femmes n'est jamais fait.Le travail des femmes n'est jamais fait.

Christie: Si vous pouviez nous en dire un peu comment vous êtes venue au Cap Breton.

Anne : Je suis venue rendre visite à mon frère qui était là. Il était objecteur de conscience contre la guerre du Viêt-Nam. On avait accepté sa prise de position mais on était toujours disposé à l’envoyer dans quelque endroit dangereux. Il a simplement décidé de venir au Canada. Garry, qui a été mon premier mari et qui était mon petit ami à l’époque, a décidé que nous irions à Noël lui rendre visite. Nous l’aimions beaucoup et nous sommes venus dès qu’il a obtenu son diplôme de l’école. Nous avons trouvé un emploi comme ouvriers agricoles à la ferme de Michael Roosevelt, nous l’avons aidé à transformer un hangar pour les charrettes en maison et la ferme en une véritable entreprise agricole.

Quand je repense à tout cela, ça été vraiment bizarre, parce que je n’avais jamais entendu parler de la Nouvelle Écosse ou du Cap Breton! Nous n’apprenions pas du tout les provinces canadiennes en géographie à l’école. Nous aurions peut-être dû un jour.

Nous avons déménagé de façon permanente lorsque Garry a obtenu son diplôme à l’école. Nous sommes venus à Noël pour une visite et ensuite il a eu son diplôme au printemps. Nous avons rempli notre vielle Studebaker 1946 de tout ce que nous pouvions et avec 700 dollars en poche, nous sommes partis vers le nord (depuis la Pennsylvanie). Je pense que nous somme arrivés en 1971. Peut-être que c’était en 1972 quand nous avons passé l’examen d’immigration - c’était en 1971 or 1972. Nous avons déménagé à Big Intervale l’année où Amish est né (1974), c’est pour cela que nous avons passé deux ou trois ans là-bas (à North East Margaree).


Bienvenu à Kingross!Bienvenu à Kingross!
Anne Morrell Robinson; The C@P Society of Cape Breton.

Nous avons eu des animaux quand nous étions dans le nord-est, comme cela nous les avons juste emportés avec nous. Nous nous sommes agrandis un peu. J’ai commencé l’élevage de chevaux et nous avons eu quelques vaches laitières et quelques bœufs et des moutons et des dindes et des poulets. Tout sauf des chèvres. Pas de chèvres. Les chèvres ne supportent pas les clôtures et elles ont l’habitude de s’échapper et de s’attirer des ennuis.

Dans beau Grand Intervale sur un jour de février friod.Dans beau Grand Intervale sur un jour de février friod.
Anne Morrell Robinson; The C@P Society of Cape Breton.

Christie : Combien de temps avez-vous gardé la ferme?

Anne : J’ai vendu la dernière vache tout juste avant qu’Amish parte au collège, probablement seize, dix-sept ans. Je l’ai gardée quelques temps encore après la mort de Garry. Quand les enfants sont allés à l’école, c’était trop. Une personne n’a pas besoin de tout ce genre de choses et de tout ce travail.

Christie : Avez-vous été en mesure de réfléchir davantage sur la fabrication des courtepointes à ce moment-là?

Anne : Oui. Puis j’ai réalisé qu’il me fallait un an pour élever un bœuf de boucherie – vous deviez vous occuper du veau, vous faisiez de la viande de boucherie, et vous les vendiez six cents dollars sur pied. Je pouvais faire une courtepointe en trois mois et la vendre pour six cents dollars. Cela semblait bien plus rentable.


Autour de la pièce de légume, conçue et faite par Anne Morrell Robinson, 2009.Autour de la pièce de légume, conçue et faite par Anne Morrell Robinson, 2009.
Anne Morrell Robinson; The C@P Society of Cape Breton.

Christie : Quand vous-avez commencé à faire des courtepointes?

Anne : En même temps que nous nous sommes installés ici, en fait un an avant.

Christie : Est-ce que c’était une tradition de famille?

Anne : En effet, cela en était une, mais quelques générations auparavant. En fait, trois. C’était mon arrière-arrière-arrière grand-mère, j’ai gardé quelques unes de ses couettes. Elle en a fait un très grand nombre. Malheureusement, ma mère a vendu les plus belles dans les années 1950 mais elle en a gardé quelques unes et elle me les a passées. Elle ne connaissait pas vraiment leur histoire mais lorsque nous avons trouvé les initiales et les dates, nous avons pu faire des recherches dans l’arbre généalogique de la famille et comprendre qui les avait faites. La chose la plus étonnante s’est passée récemment, j’étais allée à un magasin de tissus et j’ai acheté deux ou trois reproductions de tissus parce qu’elles me plaisaient beaucoup. Quand j’ai regardé mes anciennes courtepointes peut-être un an après, elles portaient les mêmes dessins sur elles! C’étaient les dessins originaux, n’est-ce pas? J’avais acheté les reproductions de ces mêmes dessins.

Quand, j’ai eu fini l’école et que je vivais en Pennsylvanie, je travaillais dans une ferme où l’on élevait des chevaux donc je fabriquais des courtepointes dans la soirée pour avoir quelque chose à faire. Je n’avais pas de télévision ou quoi que ce soit. Vous passiez la journée dehors et vous vous dépensiez beaucoup physiquement. C’était bien agréable de rentrer pour la soirée et de pouvoir se consacrer à un travail que vous pouviez tout juste entreprendre.

Christie : Quelles études aviez-vous faites à l’école?

Anne : J’ai fait des études en élevage des chevaux, c’était la gestion des écuries, les soins à donner aux chevaux et tout ce genre de choses. J’ai aussi étudié les arts comme matière secondaire.


Une machine antique de Singer, un accessoire du Théâtre d'Université de Princeton, donné à Anne par sa mère.Une machine antique de Singer, un accessoire du Théâtre d'Université de Princeton, donné à Anne par sa mère.
Anne Morrell Robinson; The C@P Society of Cape Breton.

Christie : Deviez-vous souvent travailler le soir?

Anne : Oui. Quand j’ai commencé vous savez, car vous aviez des enfants et des tâches ménagères et tous ces travaux de routine. Mais ensuite en hiver vous aviez plus de temps. En hiver, je pouvais travailler davantage. Probablement le grand changement aussi, a été d’avoir un studio. Quand j’ai commencé, j’ai travaillé dans la chambre et j’avais une petite machine à coudre sous la fenêtre (elle me montre la machine à coudre) parce que nous n’avions pas l’électricité quand nous sommes arrivés. C’est ma mère qui me l’a achetée. C’était une occasion du théâtre de l’Université Princeton. J’ai donc commencé avec elle et ensuite j’ai eu une machine électrique. J’étais assise sous la fenêtre de la chambre et j’avais le cadre de la courtepointe qui était attaché au plafond. Vous pouviez le faire descendre et le replier pour la nuit.

Christie : Et c’était votre atelier?

A photograph of Anne's sewing supplies. Anne Morrell Robinson; The C@P Society of Cape Breton.

Anne : Oui et j’avais un de ces gros cartons à classer que vous connaissez. Je ne sais pas si vous avez déjà fait de la couture mais j’avais un de ceux-là que j’ai mis sur le lit. Bien sûr, quand Garry est tombé malade, j’ai perdu cet endroit où je travaillais. Mais ensuite, il est allé mieux, alors nous avons construit cette partie de la maison.

Cette maison a eu plusieurs ajouts, la première pièce ajoutée a été le studio. Nous avons eu une scierie à l’époque où nous avons scié tout notre bois d’œuvre, et toutes les fenêtres ont été recyclées à partir d’autres endroits.

Christie : Pouviez-vous fabriquer vos propres cadres?

Anne : Le premier cadre, j’ai effectivement eu Reg Hart qui en a construit pour moi – c’est juste là – et je travaille encore avec lui. Et puis, Joël a fabriqué celui-ci. Le tout premier n’avait que quatre côtés et des pinces en forme de C pour mettre sur des chaises comme ils avaient l’habitude d’en faire. Et celui que l’on a mis sur le dessus était de la pure fantaisie – il avait des coins de bois, c’était plus facile. C’est Garry qui l’avait fabriqué.


Les cartes d'étagère sont outil promotionnel utile pour son travail.Les cartes d'étagère sont outil promotionnel utile pour son travail.
Anne Morrell Robinson; The C@P Society of Cape Breton.

Christie : Donc, pour les courtepointes, les premières que vous avez commencées à faire, ont-elles été d’abord pour la maison, ou aviez-vous l’intention de les vendre immédiatement?

Anne : Je pense que la toute première que j’ai faite, je l’ai faite pour nous autres. Et puis les gens ont commencé à dire : « Voulez-vous m’en faire une pour l’anniversaire de ma tante, voulez-vous m’en faire une pour le mariage … ». Alors pour d’autres que cette toute première, nous n’avions pas de courtepointe sur notre propre lit probablement pendant les dix premières années. Et celle que nous avions sur notre lit, c’est Garry qui en avait conçu le dessin! C’était de très grandes pièces de tissus ainsi j’ai pu la faire en une journée. [Rires]. C’était le cordonnier pour les enfants, n’est-ce pas? J’ai probablement fait des courtepointes pendant vingt ans avant d’en avoir une de décente sur mon propre lit.

L’une des premières que j’ai faites l’a été pour Amish lorsqu’il n’était qu’un bébé. Ensuite, j’en ai eu une que la grand-mère de Garry avait faite pour lui. Je l’ai toujours. Vous pouvez dire à ceux dont la mère dit : « Non, vous ne pouvez pas vous en servir, elle est trop belle » et vous l’accrochez sur le mur, c’est alors que les mères viennent vous dire : « Pliez-les et gardez-les, c’est pour cela qu’elles sont faites ». Nous en avons eues de ces deux sortes.

Christie : Quand avez-vous commencé vos propres ventes?

Anne : J’ai commencé à vendre quand je vivais encore dans le Nord-est ainsi cela veut dire que c’était au début des années 1970. Les premières que j’ai vendues l’ont été à la boutique de Stéphanie May – la Boutique de Cadeaux Sealladh Breagh. C’était au tout début et ensuite j’ai fait des foires artisanales à Sydney. Un jour j’ai tout simplement commencé à les vendre dans mon ancien studio.

Christie : Est-ce que vous aviez beaucoup de touristes qui venaient vous voir ou principalement les gens du pays?

Anne : Au début, non. Car nous sommes au bout de ce chemin de terre qui ne même nulle part. Ce n’était donc que des gens qui étaient à la recherche d’une couette et quelqu’un les avaient envoyés là. Ou bien ils étaient tombés accidentellement sur moi. Mais ensuite cela est devenu comme une sorte de ressources accessoires – de l’argent dû au hasard, c’est comme cela qu’ils l’appelaient autrefois. Puis, quand j’ai commencé à le faire plus sérieusement, j’ai dû faire beaucoup de publicité. Ensuite, quand le Salmon Lodge a ouvert. Alors, je dirais que probablement la moitié de mes affaires se traitaient avec les gens qui ne faisaient juste que de passer par là et le reste grâce à la publicité.

Christie : Où faisiez-vous de la publicité?

Anne : Dans le Guide des Acheteurs de Arts and Crafts, le Studio Rally, et maintenant la carte des Sentiers du Cap Breton ou la carte des Sentiers des Artisans, donc dans ce pays-même. J’ai fait faire des cartes que j’ai mises partout – dans les motels, les hôtels, les auberges et l’office du tourisme.


L'entrée du studio.L'entrée du studio.
Anne Morrell Robinson; The C@P Society of Cape Breton.

Christie : Est-ce que vous vous faisiez toujours appeler Kingross?

Anne : Non, je n’utilisais que mon propre nom avant mais je ne peux plus l’employer depuis que je suis sur l’Internet.

Christie : Vous vous faisiez appeler Anne Comfort Morrell?

Anne : C’est vrai, mon nom de jeune fille était Comfort et mon premier nom de femme mariée était Morrell. Et quand je me suis mariée avec Joël il est devenu Robinson mais personne ne s’en rappelait à Margaree alors j’ai donc gardé Morrell. Alors maintenant, cela fait trop de noms. L’un des rédacteurs en chef d’un magazine m’a déclaré qu’écrire mon nom revenait à écrire un poème [Rires]. La raison pour laquelle j’ai dû garder le nom « Comfort » est parce que ma belle-sœur, qui s’appelait aussi Anne Morrell, fabriquait également des courtepointes. Alors, il y avait Anne B. Morrell et moi, Anne C. Morrell.

Christie : Comment avez-vous commencé la conception des courtepointes? Avez-vous conçu vos propres idées?

Un travail en cours.Un travail en cours.
Anne Morrell Robinson; The C@P Society of Cape Breton.

Anne : Ce sera plus facile de vous montrer. Je viens tout juste d’en commencer une nouvelle. Dans ce cas, je viens de recevoir une commande de gens qui sont passionnés par les oiseaux et ils voyagent dans le monde entier pour observer les oiseaux. C’est comme cela que je travaille, avec un croquis. Alors je fais mon croquis, ce qui me donne une idée de la taille et tout est fait à l’échelle. Vous pouvez voir que c’est bien une ébauche. Et puis, c’est la partie centrale. Alors, je commence en général au milieu et je travaille tout autour.

Christie : Est-ce que les gens vous indiquent quel genre de tissus ils veulent, ou les couleurs?

Anne : Les couleurs. Parfois. Les tissus sont généralement livrés tels quels. J’utilise des cotons, des cotons de bonne qualité. Dans une commande, je me fais tout de suite une idée de la fourchette de prix, de la taille, de la couleur. Je les laisse regarder dans mon classeur de modèles et se faire une idée de ce qu’ils aiment et de ce qu’ils n’aiment pas. Cela me donne un point de départ. Dans ce cas, je suis arrivée avec beaucoup de chance à trouver cette « carte du monde » en tissu, ce qui est parfait pour la base de votre projet.


L'inspiration est souvent trouvée dans les tissus, vieil et nouveaux de même.L'inspiration est souvent trouvée dans les tissus, vieil et nouveaux de même.
Anne Morrell Robinson; The C@P Society of Cape Breton.

Christie : Où achetez-vous vos tissus?

Anne : N’importe où. Dans les magasins de courtepointes. Il n’y en a pas beaucoup ici, mais chaque fois que je voyage je les visite. Je visite d’autres magasins partout où je vais. Je suis habituée à enseigner – je voyage et j’enseigne. Lorsque vous faites cela vous restez avec une autre personne qui fait aussi des courtepointes, et ils vous conduisent à leur boutique préférée. Je sais où il y en a beaucoup partout en Amérique du Nord.

Je suis habituée à faire de l’enseignement dans toute l’Amérique du Nord. J’en fais encore beaucoup mais c’est ce qui peut freiner vos travaux. C’est bien parce que pour un certain temps, j’ai été tellement occupée par l’enseignement que j’ai dit que j’allais limiter l’enseignement à une ou deux fois par mois. Je suis arrivée à un tel point – je crois que j’étais au Maryland et je pensais que j’étais au Massachusetts. J’ai dit alors : « Attendez une minute, le temps de ralentir » [Rires].

Bon (se référant aux dessins), c’était le début et vous pouvez voir comment dans ce cas j’ai simplifié le travail. Ils m’ont envoyé une liste de leurs vingt oiseaux qui étaient leurs plus grands favoris et qu’ils désiraient absolument inclure dans la courtepointe. Je pouvais en mettre quelques autres selon ce que je voulais. Il y avait donc vingt-quatre carrés là. Tous les principaux oiseaux seront intégrés ici. J’ai fait un dessein à grande échelle – le carré – et ensuite à partir de ça, j’ai fais la structure. Celui-ci a été prêt à coudre.

Dans ces procédés, il y a toutes sortes de patchwork. Ceci est « appliqué », mais je suis en train de faire une machine « appliqué » parce que leur budget ne me donne pas assez de temps pour faire tout à la main. Dans ce cas, il y a un produit appelé « fusible web » que je peux repasser au fer sur chaque morceau de tissu. Je dois la tracer derrière le tissu parce qu’il se maintient à l’envers. Je trace chaque pièce individuelle sur le fusible web, je le repasse au fer sur le tissu, je coupe ce qui dépasse et je place ici en-dessous pour qu’il soit pressé. Ainsi ces ceux-là sont prêts à être cousus. Je les ai faits hier après-midi. Vous pouvez généralement en faire un ensemble par jour ou en avoir deux prêts à assembler et ensuite passer le lendemain à coudre. Vous devez changer la couleur des fils, il est donc plus logique d’en avoir un groupe tout prêt. Mais cela me fatigue de faire tous les vingt en une seule fois et de m’asseoir et de coudre pendant quatre jours. C’est beaucoup mieux de tout répartir.

Faire les couettes exige des patience et la précision.Faire les couettes exige des patience et la précision.
Anne Morrell Robinson; The C@P Society of Cape Breton.

Christie : Est-ce que vous cousiez principalement à la main quand vous avez commencé la première fois?

Anne : Quand j’ai commencé la première fois, ils n’avaient pas ce type de machines à coudre qui faisaient le genre de points dont vous aviez besoin pour le travail à la machine et ils n’avaient pas non plus ce produit fusible. Mais la première fois que j’ai vu ce travail, c’était à la boutique de cadeaux Normaway où il y a maintenant les deux Macs et quelqu’un y faisait un oreiller avec des comptines dessus alors j’ai dit : « Oh, regarde ça! C’est vraiment facile. Je dois être capable de le faire! » Ainsi, j’ai dû sortir et acheter une machine. Et maintenant je dois acheter une machine de plus en plus perfectionnée tous les dix ou douze ans parce qu’ils en sortent chaque fois avec plus de possibilités.

Je trouve que mes courtepointes qui se vendent le mieux sont celles qui sont très bon marché ou celles qui sont vraiment et totalement belles, toutes faites à la main parce que les gens les veulent comme œuvres d’art ou de collection.


Dans le studio, où Anne coud sone oeuvre d'art.Dans le studio, où Anne coud sone oeuvre d'art.
Anne Morrell Robinson; The C@P Society of Cape Breton.

Christie : Combien de courtepointes pensez-vous avoir faites?

Anne : Environ quatre cents quarante. Je garde un revelé de ce que j’ai fait. Il s’agit de cette courtepointe qui est ici sur le cadre (elle se réfère à un album photo). Je photographie le haut de la courtepointe quand il est fini, simplement pour mes propres dossiers, et si quelque chose lui arrive au moins j’en ai une photographie. Et puis je la photographie à nouveau quand elle est finie.

Ce tableau a des roues et je viens tout juste de tout changer dans ce coin-là et d’en faire une photographie. Ce trou dans le plafond – est supposé être mon autre coin photo. Finalement, je peux avoir accès à tout mon studio et déposer la courtepointe sur le sol si elle est trop grande pour le mur et la prendre en photographie directement d’en haut, ce qui est la manière de procéder des professionnels. Vous avez juste un vaste espace gris mat sur le sol et vous pouvez déployer la courtepointe et la prendre en photo.

Christie : Comment faites-vous pour dire au revoir [à vos courtepointes]?

Anne » J’ai eu une courtepointe l’année dernière que tout le monde a adoré et elle avait gagné beaucoup de prix dans les expositions nationales. Un monsieur est arrivé et il a dit : « C’est celle-ci qui nous intéresse ». Et quand il a passé la porte avec elle, il a dit : « Allez-vous être d’accord? » Je lui ai dit : « Vous allez lui donner une bonne maison, n’est-ce pas? »

Christie : Alors, vous devez en avoir partout?

Anne : Oui, il y en a en Allemagne, je viens juste d’en vendre une en Suisse cette année, une autre est partie pour Paris et il y en a dans toute l’Amérique du Nord. La plupart de mes clients venaient de la côte est des États-Unis, et les deux dernières années il y a plus de gens d’Alberta et de la Colombie Britannique. Je pense qu’elles ont dépassé la côte est des États-Unis aux cours de ces deux dernières années.

Un travail en cours.Un travail en cours.
Anne Morrell Robinson; The C@P Society of Cape Breton.

Christie : Est-ce qu’à ce point, vous vous êtes dit : « J’ai expédié assez de courtepointes au loin, je vais en faire quelques unes pour les vendre maintenant? Ou encore faites-vous toujours des courtepointes chaque année pour les envoyer au loin?

Anne : Non, je crois que le moment de la transition est venu quand je suis devenue veuve mère de famille et que je n’avais pas d’argent. Quelle que soit la situation, vous devez garder des rentrées d’argent. Au début, si je pouvais en vendre une, cela me rapportait suffisamment pour acheter tous les matériaux nécessaires pour faire la suivante. Alors, il suffisait de lancer le cycle.

Ainsi que nous en avons parlé auparavant, c’est triste de les laisser partir mais vous réaliser que si vous les laisser s’en aller, vous êtes déjà passé dans votre esprit à la suivante, afin que cela puisse se produire. Ainsi dans mon travail, je n’ai pas fait un monceau d’argent, mais il prend en charge lui-même pour que je puisse continuer d’acheter des tissus et une fois que je suis engagé dans mon travail, je peux souscrire à la retraite des fabricants de courtepointes et même prendre des cours avec quelqu’un dont j’admire le travail. C’est un système auto-suffisant.

Je fais aussi des ateliers ici. Je fais généralement plusieurs stages par an. J’ai une salle de classe dans le sous-sol. Et les stagiaires séjournent à l’auberge et ils viennent ici pour suivre plusieurs jours de classe.


Un peu des tapis accroché de plus de cinquante Anne a fait.Un peu des tapis accroché de plus de cinquante Anne a fait.
Anne Morrell Robinson; The C@P Society of Cape Breton.

Christie : Comment en êtes-vous venu à faire des tapis crochetés?

Anne : Il y a eu une renaissance de l’ancien style de Chéticamp, « le tapis crocheté traditionnel » comme ils l’appellent, avec seulement les canevas et j’ai aimé ce genre de travail. J’ai trouvé qu’il était difficile de faire de « l’appliqué » à la main la nuit tombée alors j’ai pensé qu’il serait bien de faire du tapis crocheté dans la soirée. Les boucles sont larges et votre vision n’a pas besoin d’être trop précise. Alors je me suis arrêtée chez Deanne Fitzpatrick’s, elle faisait vraiment bien les tapis. Elle est de Terre-Neuve. Elle est en train de devenir en quelque sorte le leader dans la relance du tapis crocheté traditionnel dans les Maritimes. Alors je me suis arrêtée à sa boutique et j’ai acheté un kit pour voir si cela me plaisait et je pense que j’en ai fait au moins cinquante depuis lors! Alors je suppose que cela me plaît.

Cela est bien agréable à faire. Cela est un peu plus profitable que les courtepointes parce qu’ils sont plus vite faits. Une fois qu’ils sont crochetés, vous les attachez et c’est fait, vous n’avez pas besoin de les coudre.

J’ai fait une série de clichés d’animaux. Je pense que j’en ai fait douze ou quinze dans la série. Je les ai finalement présentés l’année dernière au Centre des Arts d’Inverness.

Christie : C’est le cadre sur lequel vous faites du tapis crocheté?

Anne : Les plus grands je les fais sur celui-ci et pour les petits j’ai un petit cadre sur le plancher que je place sur mes genoux.

L'étagère de tapis-accroché.L'étagère de tapis-accroché.
Anne Morrell Robinson; The C@P Society of Cape Breton.

Christie : Combien de temps vous a-t-il fallu pour réaliser L’Album des courtepointes du Cap Breton?

Anne : Je dois regarder dans mon fichier pour vous répondre – des centaines d’heures. Ils voulaient une sorte de courtepointe de Cap Breton alors j’ai décidé de traiter des quatre principaux domaines – l’industrie et la pêche, l’agriculture et le tourisme.

L’autre, le Sentier Cabot, avez-vous vu celui-là? Je pense qu’il est au musée du Grand Étang; c’était pour le « Cabot Trail in Black and White » (elle se réfère au livre). Vous pouvez vraiment bien le voir. It comportait aussi le centre du Sentier Cabot et quant aux bords, c’était des scènes du passé.


Le dernier couette de Cap Breton par Ann. Il est exhibé à <em>Fiddle Stitches</em> à Mabou. Le dernier couette de Cap Breton par Ann. Il est exhibé à Fiddle Stitches à Mabou.
Anne Morrell Robinson; The C@P Society of Cape Breton.

Je vais vous montrer ma dernière courtepointe du Cap Breton – si je peux la trouver. C’est celle que j’ai faite pour en vendre le modèle à des dames de Sydney qui sont en train de la faire. Si j’avais eu plus de temps pour la courtepointe du Sentier Cabot, elle aurait été probablement comme ça, et avec plus de travail fait main.

Nous les utilisons pour commercialiser les modèles. Mais j’ai mis ces modèles en marché à deux endroits et l’un d’entre eux est Quilting on the Mira à Sydney. C’est une sorte d’agréable chose car les amateurs de courtepointes voyagent de çi de là et ils essaient souvent d’acheter un modèle qui leur rappelle où ils sont allés. Alors, quand ils vont à Mabou, ils voient une courtepointe du Cape Breton et ils peuvent s’inscrire et acheter les modèles. Ils peuvent soit les acheter tout de suite ou le magasin pourra leur en envoyer un tous les mois, soit avec ou sans les tissus qui vont avec eux. Le mois dernier au Centre d’artisanat et de dessin, il y avait deux dames qui travaillaient sur une de leurs courtepointes, et elles ont mis un casque de mineur au centre de leur travail, et j’ai pensé que c’était très adroit.

Christie : Quelles sont vos sources d’inspiration? Vous avez parlé de toutes sortes d’animaux (des images).

Un tapis accroché d'une collection de clichés animaux.Un tapis accroché d'une collection de clichés animaux.
Anne Morrell Robinson; The C@P Society of Cape Breton.

Anne : Je pense que lorsque j’ai arrêté la ferme, les animaux m’ont beaucoup manqué, alors ils ont commencé à apparaître sur mes couettes! Voici une de mes sources. L’histoire en est une autre. J’aime beaucoup la qualité des antiquités de l’ancien musée. Il y a peut-être six ou sept ans, je suis allé à un spectacle à la Maryland Historical Society sur le Baltimore Album Quilts – qui est les applications haut de gamme des courtepointes des années 1800 – et nous nous sommes assis dans le musée toute la journée et nous les avons regardées. J’ai réalisé ce qui les rendait si particulières et pourquoi elles ont duré si longtemps; ce n’était pas que le tissu mais c’était aussi tout le travail que l’on y avait mis, le vrai travail. Alors maintenant mes courtepointes ont beaucoup de liens sur elles parce que c’est une des choses qui contribue à les préserver. J’ai fait toute une série en me servant de tissus reproduits et en essayant de les faire ressembler aux courtepointes de l’ancien style. C’est encore là une autre source. De toute évidence, c’est ce qui m’entoure et l’art populaire. J’aime l’art populaire et la fantaisie et tout cela.

J’ai fait toute une série d’Americana quand je vivais aux Etats-Unis. Un grand nombre de fois, c’est le tissu qui m’inspirait.

Christie : Avez-vous constaté des changements particuliers ou une évolution de vos courtepointes avec le temps?

Beaucoup de matelasser est une bonne façon pour prolonger la vie d'une couette.Beaucoup de matelasser est une bonne façon pour prolonger la vie d'une couette.
Anne Morrell Robinson; The C@P Society of Cape Breton.

Anne : J’ai commencé comme tout le monde – en étant traditionnelle, simple, en faisant du neuf ou du huit points d’étoiles, ce genre de choses. Mais je n’aime pas faire ce que tout le monde peut faire, alors j’ai commencé à mettre ma touche personnelle dans mon travail. J’ai commencé à faire des courtepointes d’art qui correspondaient plus à des déclarations ou à des choses amusantes. Et maintenant, je suis retournée à plus traditionnel tout simplement parce qu’il n’y a vraiment plus beaucoup de gens qui en font. Comme au cours de ce dernier mois de mai, j’étais juge à l’exposition nationale et la catégorie qui a réuni le plus petit nombre de courtepointes a été celle des traditionnelles courtepointes faites à la main.

Je veux dire que je suis sûre qu’il y a probablement plus de fabricants de courtepointes, mais ils ne présentent pas leurs travaux. Ainsi lorsque vous allez aux grandes expositions, l’art des courtepointes ne se révèle pas.

Christie : alors, trouvez-vous que vous tirez le meilleur parti du style traditionnel?

Anne : Eh bien, pour moi parce que je vends, je n’ai eu qu’une personne qui est rentrée dans le studio et qui a dit : « Voilà ce que je recherche – je suis à la recherche d’une courtepointe de style contemporain ». Vous savez, une personne sur combien de milliers de gens?


Anne est devenu rapidement intéressé dans accrocher de tapis de Chéticamp traditionnel (utilisant des chiffons et des fragments de tissus).Anne est devenu rapidement intéressé dans accrocher de tapis de Chéticamp traditionnel (utilisant des chiffons et des fragments de tissus).
Anne Morrell Robinson; The C@P Society of Cape Breton.

Christie : Pensiez-vous quand vous étiez jeune, et que vous étiez très impliquée dans l’élevage des chevaux et ensuite quand vous avez travaillé à la ferme, que vous alliez vous consacrer à la fabrication des courtepointes?

Anne : Non, c’est juste arrivé comme ça. Je n’y ai jamais vraiment réfléchi. Cela a été une sorte de prolongement naturel.

Christie : alors, est-ce que vous vendez en hiver?

Anne : Je ne fais aucune vente pendant l’hiver. Je ne fais que mes travaux de commande. Je veux dire qu’il y a peut-être une personne inattendue qui rentre dans le studio mais c’est vraiment rare. Dès que le festival des Celtic Colours est fini, alors je pourrais tout aussi bien enlever mon enseigne et fermer la porte.

Christie : Quand vous voyagez dans la région, avez-vous le sentiment qu’il y a beaucoup de gens qui sont encore intéressés?

Anne : Oui, je le crois. À en juger par le nombre de personnes qui viennent, je vous dirais qu’il faut qu’ils le soient.

Christie : Alors, qu’est-ce que c’était que la couture pour vous?

L'hiver dans Grand Intervale.L'hiver dans Grand Intervale.
Anne Morrell Robinson; The C@P Society of Cape Breton.

Anne : J’ai essayé de filer un peu. J’ai eu quelques temps un rouet, celui qui était dans la maison, et ensuite j’ai acheté un petit rouet Ashford. Nous avons eu des moutons, j’ai donc pensé que nous pourrions bien faire quelque chose avec la laine. J’ai fait un peu de filage et du feutre mais, vous savez le tissage paraissait tellement compliqué. J’ai quelques souvenirs qu’il est vraiment difficile de garder en ordre. J’ai essayé de faire du macramé et j’ai toujours oublié quel nœud allait ici et quel nœud allait là. J’aime mieux être spontanée, je pense.

Cet article a été édité à partir d’une entrevue avec Anne Morrell Robinson, réalisée à son domicile en février 2009 par Christie McNeil et Erika Shea, membres de l’équipe du projet Work Through Time. Pour plus d’informations sur Anne et son travail, vous pouvez visiter s’il vous plait son site web: http://www.kingrossquilts.com

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