Le Travail Des Femmes à Whitney Pier
Elizabeth Beaton
Dans le Quai, Cher!
The Whitney Pier Historical Society.
Il n’y avait pas vraiment beaucoup de femmes dans les premières années de Whitney Pier. En réalité, les femmes (y compris aussi les petites filles) constituaient moins d’un quart de la population au tournant du XXème siècle. C’était pour la plupart les femmes et les filles des fermiers, des pécheurs ou des ouvriers maçons engagés pour construire l’aciérie. Au fur et à mesure que la décennie s’avançait, le manque relatif de femmes commença à s’atténuer par l’apport constant de travailleuses, venant se joindre à la population laborieuse de l’aciérie.
Dans ces premières années, la principale source de revenus pour les femmes consistait à faire la cuisine pour les ouvriers de l’aciérie. Presque chaque famille avait ses pensionnaires célibataires. Ce travail, comme une culture de rapport, était accompli par les femmes de la maison. D’autres, seules cette fois, avaient aussi leur propre pension de famille ou “hôtel”. En 1901, trois jeunes femmes d’origine écossaise, de la campagne du Cap Breton, ont ouvert une pension de famille, sur la route du bord de mer, pour les hommes venant de Pologne, des États-Unis, de Terre-Neuve et aussi de la campagne voisine. Elles avaient engagé une domestique qu’elles logeaient sur place. Elle était aussi d’origine écossaise et de la campagne du Cap Breton. D’autres femmes encore ouvraient de populaires “coins de vente” à la maison où elles pouvaient vendre aussi bien de la nourriture que des articles de première nécessité aux travailleurs. Elles offraient aussi des services de couture et de buanderie. Les femmes juives tenaient de petites entreprises familiales, principalement de l’épicerie sèche, tandis que leurs maris ou leurs fils travaillaient comme chargeurs à l’aciérie.
Les possibilités de travail pour les femmes en dehors de la maison étaient extrêmement limitées durant cette période de croissance de l’industrie de l’acier à Sydney. Le recensement de 1901 montre que peu de femmes fabriquaient des vêtements ou travaillaient dans des bureaux à tenir les livres. Une femme du Pier pouvait travailler comme téléphoniste, une autre comme enseignante. Le travail le plus répandu à l’extérieur pour les femmes était celui de domestique. Il est vrai que, dès 1909, la demande en domestiques au Canada a rendu possible l’arrivée de femmes noires venant des Indes Occidentales malgré une politique d’immigration noire très restrictive. C’est à cause du nombre élevé de ces employées à Sydney que les femmes noires des Caraïbes constituèrent le plus important groupe de femmes immigrantes à Whitney Pier.
Les femmes commencèrent à arriver en grand nombre à Whitney Pier juste après la première guerre mondiale, ainsi les femmes et les enfants furent réunis avec les pères et les maris. C’est par cette arrivée des femmes et des enfants et par leur installation effective comme famille que leur établissement à Whitney Pier fit place à «une communauté». Le courant continua ainsi tout au long des décennies 1920 et 1930, et encore après la seconde guerre mondiale. Quelquefois les nouveaux arrivants furent à peine reconnus par les hommes arrivés bien plus tôt. Bien des rêves furent ainsi brisés.
Le personnel de la Banque Royal de Canada à Whitney Pier, 1945.
The Whitney Pier Historical Society.
Une rare période d’égalité au travail eut lieu durant la seconde guerre mondiale quand beaucoup de femmes travaillèrent aux aciéries. Elles occupèrent une grande variété de postes. Elles travaillèrent aussi bien comme grutière que comme magasinière mais elles remarquèrent qu’elles furent l’objet des mêmes classifications ethniques que les hommes. Quand la guerre fut terminée, ces postes bien payés furent repris par les hommes qui en revinrent.
Bien des jeunes femmes durent affronter les dures réalités économiques de leur terre d’accueil. Elles avaient immigré pour tenter l’aventure, suivant en cela des frères ou des cousins, avec pour objectif les travaux de la maison mais dans l’espoir de trouver un mari. D’autres furent fiancées à des hommes qu’elles n’avaient jamais rencontrés. Plus d’une parmi ces femmes peut raconter qu’elle dût faire des travaux à la ferme voire des travaux sans qualification pour avoir de quoi survivre ou pour se constituer une dot pour des vêtements ou monter son ménage en prévision d’un mariage avec un jeune homme qu’elle ne connaissait que par une photographie envoyée par la poste. Durant le long voyage par mer jusqu’à Halifax, une telle jeune femme pouvait rencontrer d’autres jeunes hommes venant d’autres coins du monde qui avaient exactement les mêmes projets qu’elle. La fin du voyage, alors que le train roulait vers Sydney, devait être bien solitaire et gâtée par toutes sortes de doutes. C’est alors qu’elle arrivait à la maison de ses amis, en terre d’accueil, où elle pourrait rencontrer son futur mari.
Comme les familles devenaient la norme, les femmes célibataires connaissaient des temps particulièrement difficiles aussi bien socialement que pour les questions de travail. Une femme âgée qui était veuve a travaillé comme concierge à l’école d’Eastmount pendant plusieurs années. Son travail consistait à balayer, faire le ménage et entretenir le feu en mettant du charbon dans le poêle. Ne disposant que de très peu de services sociaux, une mère célibataire devait rechercher toutes les sources d’aides possibles; l’orphelinat pouvait être une dernière solution. Quand la femme d’un commerçant juif devint veuve toute jeune, elle se mit à coudre pour assurer sa subsistance et faire l’éducation de ses trois filles. Une veuve d’expression française, originaire de Terre-Neuve, fit des ménages dans d’autres foyers afin de garder ses enfants avec elle. Dans beaucoup de cas tragiques, la mère célibataire ne pouvait plus garder ses enfants avec elle. Comme dans bien d’autres villes industrielles du Canada dominées par les hommes, quelques femmes durent se livrer à la prostitution ou assurer la direction de maisons de jeux. De nombreux habitants parmi les plus agés peuvent encore montrer les endroits où se tenaient ces activités mais on a donc désormais une plus claire vision du rôle de la société dans les aspects les plus sombres de la survie à Whitney Pier.
Toutefois, progressivement, comme l’éducation des femmes venait à se répandre, elles commencèrent à remplacer les hommes comme caissières et employées de bureau, elles devinrent enseignantes et infirmières, se spécialisèrent comme techniciennes de laboratoire et de radiographie, et elles devinrent aussi secrétaires. L’origine de ces progrès provenait d’une grande variété de sources, l’évangile social du travail des diaconesses des églises presbytérienne et méthodiste qui enseignaient la langue anglaise et de bonnes habitudes de santé; l’œuvre de santé publique du légendaire Von Mable Dubbin qui mit au monde des milliers de bébés au Pier, l’œuvre sociale des sœurs de Sainte-Marthe et celle des dames de l’armée du salut dont l’intérêt chaleureux pour les problèmes familiaux sauva de nombreuses femmes de l’indigence. Ce sont encore les enseignants des écoles publiques et religieuses de Whitney Pier, pratiquement presque entièrement des femmes jusqu’ en 1960. L’héritage de l’autonomie et le dur travail sont mis chaque jour davantage en évidence par toutes les nombreuses femmes qui travaillent à Whitney Pier.
Evelyn Moraff-Davis dans son magasin, Moraff's Yarns et Crafts.
The Whitney Pier Historical Society.
Tout au long de l’histoire de Whitney Pier, les femmes ont apporté leur contribution aux revenus familiaux en se servant aussi bien de leurs talents traditionnels que de leur courage au travail; mais elles avaient aussi la charge du budget familial et de la bonne santé de chacun sans oublier les mille et une petites tâches de chaque jour à assumer. Le travail des femmes à la maison ne se limitait pas aux soins apportés à combler les besoins les plus immédiats de la famille. Les femmes ont contribué à sauvegarder les traditions ethniques qui font partie intégrale de l’identité de Whitney Pier. Elles ont préservé cet héritage grâce à la nourriture traditionnelle, aux vêtements fabriqués pour les cérémonies et à la pratique des rituels religieux à la maison et au sein de la communauté ethnique.
La participation des femmes de Whitney Pier au travail volontaire avait toujours existé depuis les débuts de la communauté mais, dans ces dernières années, leur contribution a été ouvertement reconnue. Les églises et la synagogue de Whitney Pier ont largement profité de leurs activités de financement, de leur talent dans les arts de la scène et dans celui de raconter les histoires des communautés. Les sociétés bénévoles, les nombreuses chorales et les auxiliaires féminines sont des exemples des nombreuses organisations de femmes à Whitney Pier. Aujourd’hui nous constatons que les femmes du Pier sont allées bien au-delà de leurs rôles de leaders en s’impliquant dans les organisations régionales ou nationales, qu’elles soient religieuses, professionnelles, ethniques, et même aussi dans le domaine de l’éducation.
Cet essai a d’abord été publié sous le titre de: Des nouvelles du Pier, images d’une communauté multiculturelle, en 1993, par la Société Historique de Whitney Pier.
© 1993 La Société Historique de Whitney Pier
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© C@P Society of Cape Breton County, 2009

